Header
Mise à jour: 30-Oct-2000 Kosovo: un an après

Origines de la crises

Lorsque lOTAN a lanc sa campagne arienne, le Kosovo tait le thtre de violences ethniques croissantes, la dmocratie tait mise mal, tout comme lordre public, les droits de lhomme taient systmatiquement bafous par les dirigeants, et le gouvernement de Belgrade refusait de chercher, ou daccepter, un rglement politique. Il tait par ailleurs manifeste que le gouvernement de la Rpublique fdrale de Yougoslavie comptait intensifier sa campagne de rpression. La communaut internationale se rendait compte que lon courait la catastrophe humanitaire. Malgr ses rticences, lOTAN sest dcide faire usage de la force.

Les facteurs menant cette crise taient la fois anciens et rcents. Les Balkans, lieu de friction traditionnel entre les cultures et les religions ottomanes et europennes, ont longtemps t une rgion de troubles. A des sicles de tension ont succd des dcennies dautoritarisme, le prsident Tito contenant les tensions latentes, sans pour autant chercher de solution.

Les germes de la tragdie du Kosovo se trouvent dans laccession au pouvoir de Slobodan Milosevic, avec son tristement clbre discours de Kosovo Polje en 1987, et la rvocation en 1989 du statut dautonomie accord la province pour la placer ainsi sous le contrle direct de Belgrade. Dans les annes qui ont suivi, lethnie majoritaire du Kosovo sest vu retirer progressivement le droit de grer ses propres affaires, dassurer sa subsistance, davoir accs lappareil lgislatif et judiciaire, et de pouvoir lever ses enfants dans sa langue et sa culture.

Au dbut, les Albanais du Kosovo ont tent de faire face cette situation par des moyens pacifiques. Les Serbes dominant les structures administratives, les dirigeants des Albanais du Kosovo ont finalement form une sorte de gouvernement parallle. Ils ont mme organis des lections et tent dapporter aux Albanais de la province linstruction et les soins mdicaux que le gouvernement yougoslave leur refusait. Enfin, lopposition pacifique nayant pas donn de rsultats, certains Albanais du Kosovo ont pris les armes et se sont organiss pour former ce qui allait devenir lArme de libration du Kosovo (UCK).

LUCK est en effet le produit direct de la rpression serbe. Mais les autorits yougoslaves ont pris comme prtexte lapparition dune force arme des Albanais du Kosovo pour justifier un surcrot de violence, salinant davantage encore la population et suscitant chez elle une radicalisation. A mesure que la situation au Kosovo se dgradait, la communaut internationale sinquitait de plus en plus des atteintes aux droits de lhomme et du risque de voir linstabilit stendre aux pays voisins.

Pression de la communaut internationale SHAPE

En dcembre 1997, les Ministres des affaires trangres des pays de lOTAN ont confirm que lintrt que lOTAN portait la stabilit dans les Balkans ne se limitait pas la Bosnie-Herzgovine, mais stendait la rgion avoisinante; ils se dclaraient proccups par la monte de la tension ethnique au Kosovo.

Il est important de rappeler les efforts considrables dploys par lOTAN et par la communaut internationale afin dviter une intervention militaire au Kosovo, tout en montrant clairement au prsident Milosevic leur dtermination faire usage de la force sil le fallait absolument. Lexprience nous a enseign que, sans la menace dun recours la force, la diplomatie restait sans effet sur lui. Au printemps de 1998, les Ministres des pays de lOTAN ont appel toutes les parties tenter de trouver un rglement pacifique la crise, tout en chargeant les autorits militaires de lAlliance de prparer des options pour un recours la force, si cela savrait ncessaire.


Le Secrtaire gnral de lOTAN, Javier Solana, le Commandant suprme des forces allies en Europe, le gnral Wesley Clark, et le Prsident du Comit militaire, le gnral Klaus Naumann, rencontrent le prsident Milosevic lautomne 1998 lune des nombreuses tentatives de mise en garde contre les consquences de ne pas rechercher un rglement politique au Kosovo.
(Photo: SHAPE -138 Kb)

Les actions de lAlliance, y compris les survols effectus ensuite par des avions militaires de lOTAN, ont sans doute frein les actions des forces yougoslaves. Par contre, lUCK intensifie alors son action militaire, entranant finalement une contre-offensive serbe la fin de lt, mene, lvidence, sans discernement. Selon les estimations du Haut Commissariat des Nations Unies pour les rfugis (HCR), il sen est suivi un flux de personnes dplaces dpassant largement les 200.000. Quelque 50.000 personnes se sont retrouves dans des camps de fortune, soumises des conditions de vie de plus en plus prcaires. Cest pourquoi une srie dinitiatives diplomatiques ont t prises lautomne de 1998. Le Secrtaire gnral de lOTAN, Javier Solana, lmissaire spcial du Prsident des Etats-Unis, Richard Holbrooke, le gnral Klaus Naumann, Prsident du Comit militaire de lOTAN, et le gnral Wesley Clark, Commandant suprme des forces allies en Europe, se sont rendus Belgrade. En septembre, le Conseil de scurit des Nations Unies a adopt la Rsolution 1199, qui exprimait la proccupation de la communaut internationale devant lusage excessif de la force par les units de scurit serbes, avertissait de limminence dune catastrophe humanitaire et appelait un cessez-le-feu entre les deux parties au conflit.

Le 13 octobre, pour renforcer ces initiatives, le Conseil de lAtlantique Nord a autoris des ordres dactivation pour des frappes ariennes contre la Yougoslavie, afin dessayer, encore une fois, de convaincre le prsident Milosevic de retirer ses forces du Kosovo et de cooprer aux efforts visant mettre fin la violence.

A la suite de ces pressions, le prsident Milosevic a accept de limiter les effectifs des forces militaires et de scurit prsentes au Kosovo, ainsi que leur armement. Il a galement accept le dploiement dans la province dune mission dobservation conduite par lOrganisation pour la scurit et la coopration en Europe (OSCE) la Mission de vrification au Kosovo (KVM) et dune mission dobservation arienne dirige par lOTAN. LOTAN a aussi dploy dans la rgion une force oprationnelle charge daider, au besoin, lvacuation durgence de la KVM.

Escalade de la violence et de la rpression au Kosovo

Malgr ces mesures, les actes de violence organise, la rpression, la provocation et les actes de vengeance se sont poursuivis des deux cts, mais plus particulirement de la part des forces et des lments paramilitaires serbes. Dans son rapport de dcembre 1999 intitul Kosovo/Kosova As Seen, As Told, le Bureau des institutions dmocratiques des droits de lhomme (BIDDH) de lOSCE estime que pas moins de 350.000 Kosovars, dont une norme majorit dAlbanais, mais aussi quelques Serbes, avaient t chasss de chez eux la fin de 1998.

Toute analyse objective de la situation au Kosovo, en particulier depuis 1998, rvle que des actes de violence et de provocation graves ont t commis contre la population serbe par les Albanais du Kosovo, en particulier par lUCK. En contribuant au cycle de la violence, ils ont encore diminu lespoir, dj faible, dune issue pacifique. Toutefois, comme le prcise le rapport du BIDDH de lOSCE, les actions de lUCK taient peu de chose en regard de la campagne de violence et de destruction prmdite, bien orchestre et brutalement excute par les forces du rgime yougoslave contre la population albanaise du Kosovo.

Daprs le rapport du BIDDH de lOSCE, le massacre, le 15 janvier 1999, de 40 civils albanais du Kosovo non arms dans le village de Racak dmontre clairement le glissement vers une violence prenant la forme de crimes de guerre et de crimes contre lhumanit. Cet acte a choqu la communaut internationale et concrtis sa dtermination trouver une solution la crise.

Les autres vnements majeurs signals par lOSCE dans la priode prcdant le conflit sont : les meurtres dAlbanais du Kosovo perptrs par la police, dans le courant de janvier, Rogovo et Rakovina ; le lancement dexercices dhiver avec bombardement de villages et expulsion force de villageois dans la municipalit de Vucitrn en fvrier et mars ; une offensive des militaires et de la police Kacanik en fvrier, avec, pour tactique, lincendie et la destruction de maisons civiles pour soit disant nettoyer le secteur de lUCK; enfin, une brutale descente de police dans un quartier albanais de Pristina, dbut mars, aprs le meurtre de deux policiers. Le rapport du BIDDH de lOSCE conclut que ces vnements, aprs les meurtres de Racak, rvlaient de graves abus des forces yougoslaves et serbes contre la population civile.

Echec des pourparlers de Rambouillet

A la fin de janvier 1999, le Groupe de contact sur lex-Yougoslavie (France, Allemagne, Italie, Russie, Royaume-Uni et Etats-Unis) a dcid dappeler les parties au conflit se runir. LOTAN a appuy cette initiative en adressant un avertissement aux deux parties et en dcidant de recourir, au besoin, des frappes ariennes. Le 6 fvrier, les parties se sont runies Rambouillet, dans la rgion parisienne, pour chercher une solution.

Les pourparlers ont dur dix-sept jours suivis dune runion qui sest tenue Paris la mi-mars. Les propositions offraient beaucoup aux deux parties tout en exigeant des concessions majeures. Les Albanais du Kosovo se voyaient offrir une autonomie considrable, garantie par la prsence dune force dirige par lOTAN, mais pas lindpendance. Les Serbes se voyaient demander de concder lautonomie, mais non la souverainet, la question du statut final du Kosovo restant ouverte. Malheureusement, malgr les normes efforts de la communaut internationale et la dcision de la dlgation des Albanais du Kosovo de signer les Accords de Rambouillet, la dlgation yougoslave sy est refuse. Il est clair que le gouvernement yougoslave na jamais srieusement recherch une paix ngocie Rambouillet.

Alors mme que les discussions se poursuivaient, les forces militaires et la police yougoslaves se prparaient intensifier leurs oprations contre les Albanais du Kosovo. A lencontre des accords doctobre 1998, elles ont largement augment leurs effectifs et leur armement dans la province. Pendant cette priode, le HCR et lOSCE parmi dautres ont frquemment signal que la situation en matire de droits de lhomme se dtriorait. Aprs une ultime tentative de Richard Holbrooke de convaincre le prsident Milosevic dinverser sa politique, le Secrtaire gnral de lOTAN, Javier Solana, sachant que la diplomatie tait dsormais impuissante, a donn lordre de lancement de lopration Force allie.

Cette dcision fatidique a t laboutissement de mois dintenses ngociations politiques et dappels la Yougoslavie par les Nations Unies, le Groupe de contact, les pays du G8 et dautres pour quelle mette fin la rpression et aux actes de violence qui ne cessaient daggraver la crise humanitaire. Devant le rejet dsinvolte de ces appels par le rgime yougoslave, sa campagne de terreur contre sa propre population, mene au mpris des normes internationales les plus lmentaires en matire de conduite humanitaire, et lchec de tous les efforts diplomatiques pour trouver une solution politique, lOTAN navait dautre choix que le recours la force.

Go to Homepage Go to Index