KGB, torture et terreur soviétique : voilà pourquoi la Lettonie craint la Russie d'aujourd'hui

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KGB, torture et terreur soviétique :

voilà pourquoi la Lettonie craint la Russie

La Lettonie était

indépendante et neutre

lors de l'invasion de

l'armée rouge, en 1940.

Elle a ensuite vécu 50 ans

sous un régime oppressif

dirigé de Moscou. Depuis

l'indépendance, en 1990,

ces ruines sont les principales

traces de l'occupation soviétique.

Mais le souvenir de l'époque

soviétique est ravivé

par l'ingérence sécuritaire russe

notamment en Géorgie et en Ukraine.

La Revue de l'OTAN s'est intéressée

au sort alors réservé aux Lettons

et à la vision de

la Russie qu'ils en retirent.

On pensait avoir vu

le pire en Géorgie.

Ça m'attriste beaucoup.

C'est la première fois

depuis l'indépendance

que l'on ressent une menace.

- C'est inouï.

Je n'aurais jamais cru,

il y a deux ans,

que cela soit possible

en Europe.

Pour nombre de Lettons,

les récentes agressions de la Russie

contre ses voisins

rappellent l'époque

où l'URSS

a envahi la Lettonie,

à deux reprises,

pendant la 2e Guerre mondiale.

En 1939, les gens étaient

sûrs d'être en sécurité.

C'est très triste

de lire leurs témoignages.

Lors du dernier été

d'indépendance, en 1940,

avant l'arrivée des troupes russes,

les gens étaient heureux

et se sentaient en totale sécurité.

Rien ne pouvait arriver.

Les Soviétiques

ont commencé par

déporter tous les Lettons

qu'ils jugeaient dangereux.

Dans la nuit

du 14 juin 1941,

15 000 Lettons

ont été réveillés

et emmenés

de force à la gare

où ils ont été entassés

dans ce type de wagons.

2 400 d'entre eux

étaient des enfants.

Les gens ont tenté

de faire passer des mots d'adieu,

qui se sont éparpillés

sur les voies.

Certains ne sont jamais

parvenus aux familles.

Plus de la moitié de ces

15 000 personnes sont mortes.

Ceux qui voulaient éviter

la déportation, ou pire, ont fui.

La famille d'Ojars Eriks Kalnins

a pu s'échapper.

Il préside maintenant le

Comité letton des affaires étrangères.

Mes parents ont vécu la dernière guerre.

J'ai grandi aux USA

puis suis revenu ici,

et jamais je n'aurais

imaginé

être confronté

à la même chose qu'eux.

J'espère que l'histoire

ne se répétera pas.

Trop confiants,

certains disent :

"Oh, ça se passe à l'est.

Seuls leurs voisins

sont en danger,

ça ne nous concerne pas,

on est loin."

Ne croyez pas cela.

Ce type d'illusion a mené

aux deux Guerres mondiales

et à bien d'autres malheurs

que le monde a connus.

Comme le traitement

réservé aux Lettons par le KGB.

Voici le bâtiment du KGB à Riga,

où ont été commis parmi les pires

actes, de la torture au meurtre.

Laissez-moi vous

montrer ce que c'était

d'être détenu par

le KGB ici à Riga.

La cellule fait

environ 3 mètres sur 5.

Il y a 4 lits en bois.

La lumière étant toujours allumée,

il était très dur de dormir.

D'ailleurs, si un agent du KGB

voyait, par le judas,

un détenu dormir,

il allait le réveiller.

Le système de chauffage,

en-dessous,

rendait

la température de la cellule

quasi insupportable,

environ 40°.

Le pire était peut-être

que cette cellule,

conçue pour 4 détenus,

en comptait parfois 42.

Les prisonniers

que le KGB tenait à briser

étaient placés dans

une cellule d'isolement

de moins d'1 m².

Impossible de s'allonger.

Les détenus pouvaient

y passer 3 jours.

Pire encore,

des bruits incessants

visant à rendre fou,

transperçaient

le plafond.

Voici la cour

de la prison du KGB,

où, 1 jour sur 3,

s'ils étaient chanceux,

les détenus pouvaient

aller se dégourdir.

Mais juste 10 minutes,

et encore,

sous l'œil d'un agent du KGB.

Le but n'était pas d'accorder un répit

aux prisonniers,

mais de leur montrer

la liberté perdue.

Voici enfin la salle

où les détenus étaient exécutés.

À leur arrivée à Riga en 1941

les nazis ont trouvé ici

240 douilles,

rien que sur le sol.

La salle a été conçue

pour qu'il soit très facile

de nettoyer après une exécution,

car il y a une pente

qui permet d'évacuer

immédiatement le sang.

De nombreux prisonniers

lettons du KGB

sont morts ici.

La famille de Sandra Kalniete a eu

moins de chance et n'a pas pu fuir.

Elle a été déportée en

Sibérie, où Sandra est née.

Sandra n'a vu la Lettonie

qu'à l'âge de 7 ans.

Adulte, elle a

commencé à défier le système

et on se souvient qu'elle

a notamment aidé

à organiser en 1989 la chaîne

humaine des pays baltes,

connue sous le nom

de "Voie balte".

Le but premier était

d'interpeller l'Ouest

et de rappeler au monde que

pour les pays baltes

la 2e Guerre mondiale

et l'occupation continuaient.

Nous voulions aussi

montrer à Moscou

notre forte détermination.

Ça a touché bien des gens

et c'est largement

resté dans les esprits

les 10 premières années

après l'indépendance.

Par exemple,

lors d'un voyage au Maroc

j'ai fait des achats

dans un souk

où on m'a demandé d'où j'étais.

J'ai répondu de Lettonie.

Oui, a-t-il dit, je sais.

Là où les gens se sont donnés la main.

Après l'indépendance,

le pays a cherché à adhérer à l'OTAN.

L'effet de l'adhésion

a été considérable.

À la cérémonie de lever du drapeau

devant le château de Riga,

des personnes âgées

dans le public

pleuraient en disant :

j'ai été déporté en Sibérie.

J'ai vu à quelle vitesse un pays

peut perdre son indépendance

quand il se croit

à l'abri

grâce à sa neutralité,

à sa prospérité, etc.

Je suis soulagée

qu'il y ait une chance

que mon petit-fils

n'ait pas à vivre

ce que j'ai vécu.

J'ai un petit-fils.

Un jour, de retour de l'école,

il a dit :

C'est vrai qu'il y aura la guerre ?

Même les enfants ont peur.

Les informer sur

ce qu'ont subi

leurs parents et grands-parents

est l'une des meilleures protections.

Nos écoles devraient

leur rappeler ces dangers.

Mais ils doivent aussi

suivre l'actualité mondiale.

Aucun de nous ne doit

se sentir confiant ou à l'abri

juste parce qu'il en a envie.

Comment les jeunes Lettons

voient-ils leur histoire ?

L'an dernier, on a eu

un examen sur notre histoire,

sur la 2e Guerre mondiale.

Donc, je crois que je sais.

J'en sais pas mal

sur cette époque

par ma mamie

et ça m'inquiète.

Que pensent-ils

des événements actuels ?

Je pense que tout ira bien.

Je suis optimiste. Je l'espère.

Mais il faut nuancer les choses.

Il y a en Lettonie

une minorité russophone

qui représente entre 1/4 et

1/3 de la population.

Protéger une telle minorité

a été le prétexte invoqué

pour envahir l'Ukraine

et la Géorgie.

Les sentiments

que suscite ce monument

illustrent bien

les désaccords.

Il a été édifié en 1985,

officiellement en hommage à ceux qui

ont donné leur vie pour

vaincre les nazis en 1945.

Mais certains Lettons y voient

un symbole de l'ère soviétique

et il y a eu plus d'une tentative

de le faire sauter.

En revanche,

les russophones

célèbrent ici le 9 mai

par milliers

et ont juré

de protéger le monument.

Les russophones

peuvent être convaincus

que la Russie est malmenée.

Un sentiment que partagent

même certains jeunes.

L'Occident -

les USA, l'Europe occidentale -

a vu ça comme une

révolution en Ukraine, mais

je ne pense pas que

la Russie ait mal agi.

Bien au contraire.

Quoi qu'il en soit,

2014 marque les 10 ans

de la Lettonie dans l'OTAN.

Qu'arriverait-il maintenant

si le pays n'était pas dans l'OTAN ?

Je ne veux même pas l'imaginer.

Je suis heureux

qu'il n'en soit plus ainsi.

Peut-être des soldats et des chars

auraient-ils franchi nos frontières.

L'OTAN signifie-t-elle bien plus

dans cette partie de l'Alliance ?

Absolument.

C'est notre sécurité.

Sa nécessité s'impose

de nouveau, après 10 ans.

C'est la preuve qu'il fallait adhérer.

J'ai parlé à d'autres

personnes affectées

par ce qui s'est passé

pendant et après la guerre,

mais vous, que ressentez-vous

en voyant les faits se répéter ?

Ça me rend très triste.

On pensait vraiment

que c'était derrière nous.

Et ça me rend très triste.

KGB, torture et terreur soviétique :

voilà pourquoi la Lettonie craint la Russie

La Lettonie était

indépendante et neutre

lors de l'invasion de

l'armée rouge, en 1940.

Elle a ensuite vécu 50 ans

sous un régime oppressif

dirigé de Moscou. Depuis

l'indépendance, en 1990,

ces ruines sont les principales

traces de l'occupation soviétique.

Mais le souvenir de l'époque

soviétique est ravivé

par l'ingérence sécuritaire russe

notamment en Géorgie et en Ukraine.

La Revue de l'OTAN s'est intéressée

au sort alors réservé aux Lettons

et à la vision de

la Russie qu'ils en retirent.

On pensait avoir vu

le pire en Géorgie.

Ça m'attriste beaucoup.

C'est la première fois

depuis l'indépendance

que l'on ressent une menace.

- C'est inouï.

Je n'aurais jamais cru,

il y a deux ans,

que cela soit possible

en Europe.

Pour nombre de Lettons,

les récentes agressions de la Russie

contre ses voisins

rappellent l'époque

où l'URSS

a envahi la Lettonie,

à deux reprises,

pendant la 2e Guerre mondiale.

En 1939, les gens étaient

sûrs d'être en sécurité.

C'est très triste

de lire leurs témoignages.

Lors du dernier été

d'indépendance, en 1940,

avant l'arrivée des troupes russes,

les gens étaient heureux

et se sentaient en totale sécurité.

Rien ne pouvait arriver.

Les Soviétiques

ont commencé par

déporter tous les Lettons

qu'ils jugeaient dangereux.

Dans la nuit

du 14 juin 1941,

15 000 Lettons

ont été réveillés

et emmenés

de force à la gare

où ils ont été entassés

dans ce type de wagons.

2 400 d'entre eux

étaient des enfants.

Les gens ont tenté

de faire passer des mots d'adieu,

qui se sont éparpillés

sur les voies.

Certains ne sont jamais

parvenus aux familles.

Plus de la moitié de ces

15 000 personnes sont mortes.

Ceux qui voulaient éviter

la déportation, ou pire, ont fui.

La famille d'Ojars Eriks Kalnins

a pu s'échapper.

Il préside maintenant le

Comité letton des affaires étrangères.

Mes parents ont vécu la dernière guerre.

J'ai grandi aux USA

puis suis revenu ici,

et jamais je n'aurais

imaginé

être confronté

à la même chose qu'eux.

J'espère que l'histoire

ne se répétera pas.

Trop confiants,

certains disent :

"Oh, ça se passe à l'est.

Seuls leurs voisins

sont en danger,

ça ne nous concerne pas,

on est loin."

Ne croyez pas cela.

Ce type d'illusion a mené

aux deux Guerres mondiales

et à bien d'autres malheurs

que le monde a connus.

Comme le traitement

réservé aux Lettons par le KGB.

Voici le bâtiment du KGB à Riga,

où ont été commis parmi les pires

actes, de la torture au meurtre.

Laissez-moi vous

montrer ce que c'était

d'être détenu par

le KGB ici à Riga.

La cellule fait

environ 3 mètres sur 5.

Il y a 4 lits en bois.

La lumière étant toujours allumée,

il était très dur de dormir.

D'ailleurs, si un agent du KGB

voyait, par le judas,

un détenu dormir,

il allait le réveiller.

Le système de chauffage,

en-dessous,

rendait

la température de la cellule

quasi insupportable,

environ 40°.

Le pire était peut-être

que cette cellule,

conçue pour 4 détenus,

en comptait parfois 42.

Les prisonniers

que le KGB tenait à briser

étaient placés dans

une cellule d'isolement

de moins d'1 m².

Impossible de s'allonger.

Les détenus pouvaient

y passer 3 jours.

Pire encore,

des bruits incessants

visant à rendre fou,

transperçaient

le plafond.

Voici la cour

de la prison du KGB,

où, 1 jour sur 3,

s'ils étaient chanceux,

les détenus pouvaient

aller se dégourdir.

Mais juste 10 minutes,

et encore,

sous l'œil d'un agent du KGB.

Le but n'était pas d'accorder un répit

aux prisonniers,

mais de leur montrer

la liberté perdue.

Voici enfin la salle

où les détenus étaient exécutés.

À leur arrivée à Riga en 1941

les nazis ont trouvé ici

240 douilles,

rien que sur le sol.

La salle a été conçue

pour qu'il soit très facile

de nettoyer après une exécution,

car il y a une pente

qui permet d'évacuer

immédiatement le sang.

De nombreux prisonniers

lettons du KGB

sont morts ici.

La famille de Sandra Kalniete a eu

moins de chance et n'a pas pu fuir.

Elle a été déportée en

Sibérie, où Sandra est née.

Sandra n'a vu la Lettonie

qu'à l'âge de 7 ans.

Adulte, elle a

commencé à défier le système

et on se souvient qu'elle

a notamment aidé

à organiser en 1989 la chaîne

humaine des pays baltes,

connue sous le nom

de "Voie balte".

Le but premier était

d'interpeller l'Ouest

et de rappeler au monde que

pour les pays baltes

la 2e Guerre mondiale

et l'occupation continuaient.

Nous voulions aussi

montrer à Moscou

notre forte détermination.

Ça a touché bien des gens

et c'est largement

resté dans les esprits

les 10 premières années

après l'indépendance.

Par exemple,

lors d'un voyage au Maroc

j'ai fait des achats

dans un souk

où on m'a demandé d'où j'étais.

J'ai répondu de Lettonie.

Oui, a-t-il dit, je sais.

Là où les gens se sont donnés la main.

Après l'indépendance,

le pays a cherché à adhérer à l'OTAN.

L'effet de l'adhésion

a été considérable.

À la cérémonie de lever du drapeau

devant le château de Riga,

des personnes âgées

dans le public

pleuraient en disant :

j'ai été déporté en Sibérie.

J'ai vu à quelle vitesse un pays

peut perdre son indépendance

quand il se croit

à l'abri

grâce à sa neutralité,

à sa prospérité, etc.

Je suis soulagée

qu'il y ait une chance

que mon petit-fils

n'ait pas à vivre

ce que j'ai vécu.

J'ai un petit-fils.

Un jour, de retour de l'école,

il a dit :

C'est vrai qu'il y aura la guerre ?

Même les enfants ont peur.

Les informer sur

ce qu'ont subi

leurs parents et grands-parents

est l'une des meilleures protections.

Nos écoles devraient

leur rappeler ces dangers.

Mais ils doivent aussi

suivre l'actualité mondiale.

Aucun de nous ne doit

se sentir confiant ou à l'abri

juste parce qu'il en a envie.

Comment les jeunes Lettons

voient-ils leur histoire ?

L'an dernier, on a eu

un examen sur notre histoire,

sur la 2e Guerre mondiale.

Donc, je crois que je sais.

J'en sais pas mal

sur cette époque

par ma mamie

et ça m'inquiète.

Que pensent-ils

des événements actuels ?

Je pense que tout ira bien.

Je suis optimiste. Je l'espère.

Mais il faut nuancer les choses.

Il y a en Lettonie

une minorité russophone

qui représente entre 1/4 et

1/3 de la population.

Protéger une telle minorité

a été le prétexte invoqué

pour envahir l'Ukraine

et la Géorgie.

Les sentiments

que suscite ce monument

illustrent bien

les désaccords.

Il a été édifié en 1985,

officiellement en hommage à ceux qui

ont donné leur vie pour

vaincre les nazis en 1945.

Mais certains Lettons y voient

un symbole de l'ère soviétique

et il y a eu plus d'une tentative

de le faire sauter.

En revanche,

les russophones

célèbrent ici le 9 mai

par milliers

et ont juré

de protéger le monument.

Les russophones

peuvent être convaincus

que la Russie est malmenée.

Un sentiment que partagent

même certains jeunes.

L'Occident -

les USA, l'Europe occidentale -

a vu ça comme une

révolution en Ukraine, mais

je ne pense pas que

la Russie ait mal agi.

Bien au contraire.

Quoi qu'il en soit,

2014 marque les 10 ans

de la Lettonie dans l'OTAN.

Qu'arriverait-il maintenant

si le pays n'était pas dans l'OTAN ?

Je ne veux même pas l'imaginer.

Je suis heureux

qu'il n'en soit plus ainsi.

Peut-être des soldats et des chars

auraient-ils franchi nos frontières.

L'OTAN signifie-t-elle bien plus

dans cette partie de l'Alliance ?

Absolument.

C'est notre sécurité.

Sa nécessité s'impose

de nouveau, après 10 ans.

C'est la preuve qu'il fallait adhérer.

J'ai parlé à d'autres

personnes affectées

par ce qui s'est passé

pendant et après la guerre,

mais vous, que ressentez-vous

en voyant les faits se répéter ?

Ça me rend très triste.

On pensait vraiment

que c'était derrière nous.

Et ça me rend très triste.