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Ayant été membre actif d’une organisation islamiste pendant 13 ans, un sujet que j’évoque longuement dans les mémoires que je viens de publier - « Radical » - j’identifierais quatre grands facteurs qui poussent des gens vers les idéologies extrémistes.
D’après mon expérience, il s’agit de facteurs généraux qui ne s’appliquent pas uniquement à l’extrémisme islamiste, et qui peuvent se présenter dans n’importe quel ordre et avec des degrés d’intensité variables selon les personnes et les circonstances.
Les auteurs des attentats à la bombe de Londres partent pour l'entreprise dans laquelle ils entraîneront avec eux 52 personnes dans la mort
L’interaction, dans n’importe quel ordre, de ces quatre facteurs conduit des individus sur la voie de l’extrémisme. Les êtres humains ne sont pas comme l’eau – leur point d’ébullition n’est pas toujours de 100 degrés – et tenter de trouver une seule raison qui pousse à l’extrémisme est aussi vain que de profiler un terroriste sur la base de son ethnicité, de son genre ou de son apparence. Cela ne fonctionne tout simplement pas. Tout individu, quels que soient ses antécédents, peut devenir un extrémiste ; on trouve souvent un grand nombre de convertis et de personnes ayant un niveau d’éducation plus élevé que la moyenne parmi ceux que ce type de narrative attire.
À quelles mesures peut-on avoir recours pour faire face au problème ?
Nous devons tout d’abord admettre que le terrorisme résulte d’un processus à long terme qui comprend nécessairement l’extrémisme. La prise de mesures ne sera efficace que si celles-ci s’inscrivent dans un ensemble englobant
Lorsque les griefs sont réels, il convient d’y faire face par des changements au niveau politique. Lorsqu’il s’agit de griefs ressentis, il convient d’y faire face par une meilleure communication et par l’engagement civique.
Les risques de voir éclater au Royaume-Uni de nouveaux actes de terrorisme endogène, du type de ceux qui ont culminé avec les attentats du 7 juillet, sont bien réels
Il faut donc bien voir que le terrorisme n’est pas uniquement un phénomène qui relève du domaine militaire ou juridique, mais bien un phénomène tout à fait social, et qu’il est transfrontières. La solution ne peut venir que d’une approche holistique.
S’il est indispensable de disposer d’une législation actualisée, assortie des moyens de la faire respecter et de mesures de lutte contre le terrorisme, tout cela doit aller de pair avec des moyens politiques, des moyens de communication et une démarche résolument active concernant l’aspect social du problème.
Actuellement, à l’échelle de la planète, très peu de ces éléments sont formulés dans le cadre d’une stratégie et, dans les pays où une telle stratégie existe, comme le Royaume-Uni, beaucoup reste à faire pour que celle-ci soit effectivement mise en œuvre sur le terrain.
Les risques de voir éclater au Royaume-Uni de nouveaux actes de terrorisme endogène, du type de ceux qui ont culminé avec les attentats du 7 juillet, sont bien réels.
Il suffit de prendre l’exemple des deux musulmans britanniques tués récemment au Yémen en combattant aux côtés des militants islamistes – ils étaient censés s’être rendus dans ce pays pour y suivre une formation religieuse – pour constater que le défi du terrorisme de l’intérieur est loin d’avoir été relevé.
Cette information a coïncidé avec l’avertissement lancé par le chef des services de sécurité et de renseignement, Jonathan Evans, selon lequel le Royaume-Uni est toujours confronté à une menace réelle de terrorisme lié à Al-Qaïda, dont les activités se sont accrues dans des pays tels que le Yémen, la Somalie, la Syrie et la Libye, même si elles ont diminué en Afghanistan et au Pakistan.
Il convient de se féliciter des révoltes arabes, dont il faut espérer qu’elles déboucheront sur une nouvelle ère de démocratie dans la région du Moyen-Orient. Le risque de retombées dangereuses doit toutefois aussi être pris en compte. Un accroissement de l’instabilité et un nouveau vide sécuritaire pourraient permettre au djihadisme de fusionner avec la résistance légitime contre les dictateurs dans ces pays.
Le sentiment qu’Al-Qaïda ne constitue plus une menace s’est trouvé renforcé par l’élimination d’Oussama Ben Laden en mai de l’an dernier. Cependant, en dépit des déclarations présentant l’événement comme une « mission accomplie » de plus, dans le cadre de la campagne électorale américaine, il est prudent de rappeler que depuis la mort de Ben Laden, Al-Qaïda a en fait réalisé ce qui ne l’avait pas été de son vivant. Des groupes affiliés de la nébuleuse contrôlent aujourd’hui des villes du Yémen, patrie de la famille Ben Laden, et tout le nord du Mali. Ils se sont alliés au mouvement islamiste des shebabs de Somalie et dominent le Sahel, en Afrique subsaharienne. Les déplacements vers de nouveaux sanctuaires à des fins d’entraînement sont dès lors relativement faciles.
Il convient de se féliciter des révoltes arabes, dont il faut espérer qu’elles déboucheront sur une nouvelle ère de démocratie dans la région du Moyen-Orient. Le risque de retombées dangereuses doit toutefois aussi être pris en compte. Un accroissement de l’instabilité et un nouveau vide sécuritaire pourraient permettre au djihadisme de fusionner avec la résistance légitime contre les dictateurs dans ces pays. La Libye et la Syrie en sont des illustrations, selon M. Evans.
Comme dans le cas des répercussions mondiales du djihad afghan, les jeunes arabes occidentaux qui partent en Syrie pour combattre la dictature risquent d’être exposés à la narrative djihadiste, ce qui accroît les possibilités de voir certains d’entre eux revenir dans leur pays d’origine dans l’intention expresse d’y exporter le djihad. Paradoxalement, plus la communauté internationale est perçue comme ayant échoué au Yémen et en Syrie (sans oublier l’Iraq voisin), plus les narratives « alternatives » rencontrées dans ces deux pays risquent de se propager.
Les observations faites par Jonathan Evans dans son premier discours en deux ans ne surprendront donc pas. Indiquant que les menaces auxquelles nous sommes confrontés sont diverses s’agissant tant de l’aspect géographique que des niveaux de compétence impliqués, il a ajouté qu’il ne fallait pas sous-estimer le défi que représente l’organisation des Jeux olympiques en toute sécurité dans un environnement comportant une forte menace terroriste.
On se rappellera à cet égard que les attentats de Londres du 7 juillet ont été commis pendant la semaine au cours de laquelle l’offre olympique de la ville a été retenue. L’impact symbolique qu’aurait un nouvel attentat pendant les Jeux n’échappera pas aux extrémistes, et il ne devrait pas nous échapper non plus. Le Royaume-Uni sera extrêmement vulnérable parce qu’en dehors de Londres et des endroits où se dérouleront les Jeux, sur lesquels les efforts se concentreront, le reste du pays sera également sensible. Pendant une période aussi tendue, un attentat perpétré dans n’importe quel endroit du pays aurait un impact médiatique tout aussi grand. Épées, pistolets à clous, bombes artisanales ou armes traditionnelles, sont autant d’instruments, faciles à camoufler, qui pourraient être utilisés pour tuer.
Des arrestations liées au terrorisme en dehors du cadre des Jeux olympiques ont déjà eu lieu à Londres en juillet 2012. La question n’est de savoir « si », mais bien « quand et où » une tentative d’attentat va avoir lieu. Et nos forces de sécurité et de police méritent notre coopération pour faire en sorte que les Jeux se déroulent en toute sécurité. Ce doit être le souci de chacun, notamment en raison du contrecoup qu’un attentat réussi risquerait d’avoir sur les musulmans « ordinaires ».
Par Maajid Nawaz et Saleha Riaz. Maajid Nawaz (@maajidnawaz) dirige la Fondation Quilliam, une organisation de lutte contre l’extrémisme basée à Londres, qui compte parmi son personnel d’anciens membres de premier plan d’organisations islamistes. Saleha Riaz travaille à la Fondation Quilliam.
Par Maajid Nawaz et Saleha Riaz. Maajid Nawaz (@maajidnawaz) dirige la Fondation Quilliam, une organisation de lutte contre l’extrémisme basée à Londres, qui compte parmi son personnel d’anciens membres de premier plan d’organisations islamistes. Saleha Riaz travaille à la Fondation Quilliam.











