La tribune des experts

Stanislava Mladenova

En attendant dans la file : ce que l’OTAN signifie pour moi

L’OTAN regroupe des gens issus de cultures et d’horizons divers des deux côtés de l’Atlantique. Une fonctionnaire du Secrétariat international de l’Organisation explique ici comment sa vie, en Europe et aux États-Unis, a coloré sa vision de l’Alliance.

Le 11 septembre, j’attendais, devant ma résidence universitaire, à New York, dans la file des donneurs de sang destiné aux victimes. J’étais perturbée par le chaos des trains annulés et des routes fermées. Dans les heures qui ont suivi, mes camarades de chambre et moi sommes restées vissées devant l’écran de télévision. Nous étions assises, immobiles, fixant obstinément les images des tours percutées par deux avions. Toutes les chaînes passaient ces images. Et je me suis soudain demandé ce que tout cela signifiait pour moi, Européenne vivant aux États-Unis.

Vidin, Bulgarie

En Bulgarie, où j’ai grandi, ma sœur et moi avions l’habitude, le samedi matin, d’attendre dans la file des gens qui venaient acheter leur ration de pain familiale. Ensuite, à l’été 1990, je me suis retrouvée, avec ma mère, dans la file des gens qui attendaient leur tour pour déposer leur bulletin dans l’urne, lors des premières élections libres tenues dans le pays après 45 ans.

Plusieurs années plus tard, je me suis rendue aux États-Unis : le séjour d’un an que je devais y faire dans le cadre d’un échange scolaire s’est en fait transformé en 14 années. Dans mon nouveau pays, je suivais tout ce qui se passait en Bulgarie – comment le pays faisait face à une inflation de 200 %, en tentant de surmonter les difficultés de la transition, et en attendant avec espoir son tour pour devenir partenaire de l’OTAN et membre de l’Alliance et de l’UE.

Un séjour d’un an dans le cadre d’un échange scolaire s’est transformé en 14 années – dans mon nouveau pays, je suivais tout ce qui se passait en Bulgarie

© Reuters

Et cela m’amène à ce que l’OTAN a signifié pour mes deux pays – et pour moi qui ai tenté de faire le lien entre eux. Après le 11 septembre, je me suis posé la question suivante, en tant qu’étudiante en quatrième année de science politique et en tant qu’Américaine d’origine européenne : comment la « guerre contre le terrorisme » de l’Amérique était-elle devenue la guerre de tous ? Pourquoi, en tant que superpuissance sur le plan de l’économie et de la défense, l’Amérique ne pouvait-elle pas simplement régler le problème du terrorisme, de sorte que le reste du monde n’aurait pas à le faire ? Mais ensuite, nous en savons su davantage, comme le monde entier, sur la genèse du terrorisme, et nous avons compris qu’il ne s’agissait pas d’une menace confinée à une région géographique, et que l’Europe était donc tout aussi vulnérable aux menaces telles que celle qui avait frappé l’Amérique.

Cérémonie de lever des couleurs à l’occasion de l’adhésion de la Bulgarie à l’OTAN.

Siège de l’OTAN, 2 avril 2004. © NATO

Les années post-1989 ont été marquées par le changement et par l’incertitude, une incertitude qui était toutefois d’une autre nature que les menaces d’aujourd’hui. Mais j’estimais que, contrairement aux générations précédentes, j’avais le privilège de vivre à une époque qui me permettait de ne pas craindre les réactions de mon gouvernement si je formulais des critiques à son encontre. Je considérais que c’était un privilège de venir d’un pays que sa résilience avait conduit du statut de partenaire de l’OTAN à celui de candidat à l’adhésion, ce qui l’avait amené à revoir en profondeur ses structures politiques et militaires et à nouer des liens stratégiques dans la région.

En tant qu’Européenne de l’Est, je vis avec les résonances d’une époque communiste où l’OTAN symbolisait l’agresseur qui en voulait à la souveraineté des pays qui n’avaient pas adopté le modèle occidental. Et en tant qu’habitante des États-Unis pendant près de la moitié de ma vie, l’OTAN a représenté pour moi le bouclier contre des régimes dont la puissance était aussi imprévisible que leur fin a été inattendue.

Par conséquent, mes deux vies me font voir l’OTAN comme un trait d’union entre deux pays dont la relation va au-delà des clivages entre petit et grand acteur, entre pays riche ou en développement, ou appartenant à l’Est ou à l’Ouest - deux pays extrêmement différents sur le plan historique, mais dont la conviction est extrêmement claire pour le présent et pour l’avenir – « rester côte à côte dans la file » pour garantir la sécurité mutuelle.

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A propos de l'auteur

Stanislava Mladenova est fonctionnaire au Secrétariat international, au siège de l’OTAN. Elle s’exprime ici à titre purement personnel.

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Barack Obama
sénateur américain, 2006
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