Armes de petit calibre : des milliers d’entre elles ont été détruites ; il en reste des millions

David Towndrow et Fred Peugeot, de l’agence de l’OTAN qui traite des dangers que représentent les armes légères et de petit calibre, exposent les progrès qui ont été réalisés jusqu’ici et les défis de l’avenir

© NATO

Pendant ses cinquante années d’isolement politique au XXème siècle, l’Albanie a amassé de gigantesques stocks d’armes et de munitions pour faire face à ce qu’elle considérait comme des menaces pour sa sécurité. Mais en 1997, lors des émeutes généralisées, plus de 600.000 armes et des milliers de tonnes de munitions ont été pillées dans les dépôts répartis dans le pays.

Le danger n’était pas seulement lié aux vols et aux pillages, mais aussi aux conditions de sécurité insuffisantes de l’entreposage. Depuis 1997, il y a eu un certain nombre d’incidents dans des dépôts, dont des explosions dues à la dégradation des munitions elles-mêmes. L’exemple le plus frappant a été la catastrophe de Gërdec, en mars 2008.

Un programme de démilitarisation de munitions avait été mené sans supervision ou contrôles de sécurité suffisants. Une explosion de grande envergure a détruit l’installation et a sévèrement endommagé les habitations avoisinantes. Il y a eu 26 morts et plus de 300 blessés, et les vastes dégâts causés ont occasionné d’importants coûts de nettoyage, toujours financés aujourd’hui.

L’Albanie est maintenant membre de l’OTAN et, comme celles de certains autres Alliés, ses forces sont toujours confrontées au défi de la modernisation. Au cours de la décennie écoulée, une grande quantité de munitions a été détruite ou vendue. Mais en 2009, il restait encore à traiter pour destruction environ 85 000 tonnes de munitions excédentaires ou obsolètes.

Au début de 2011, un projet OTAN a été entrepris pour aider l’Albanie à démilitariser environ 24 000 tonnes de munitions sur quatre ans

Au début de 2011, un projet de l’OTAN, financé essentiellement sur une enveloppe du Département d’État américain de 10 millions de dollars, a été entrepris en Albanie. Il aidera le pays à développer sa principale installation industrielle de démilitarisation, à Mjekës, et permettra le traitement d’environ 24 000 tonnes de munitions sur quatre ans.

L’OTAN joue un rôle majeur pour contribuer à la destruction de ces armes et munitions dans un certain nombre de pays, outre l’Albanie. Pendant la décennie écoulée, rien qu’en Albanie, un projet OTAN financé sur des fonds d’affectation spéciale a aidé à détruire 1,6 million de mines antipersonnel en 2001 et 2002, et un second projet a permis la destruction, entre 2003 et 2007, de 11 500 tonnes d’armes légères et de petit calibre (ALPC), dont 2 millions de grenades à main et 130 000 coups pour mortier. Ces résultats, obtenus grâce des projets à financement multilatéral, aident l’Alliance à renforcer la sécurité régionale.

Le rôle de la NAMSA

L’engagement de l’Alliance passe essentiellement par l’Agence OTAN d’entretien et d’approvisionnement (NAMSA), basée à Luxembourg. Gérant de vastes programmes de démilitarisation pour le compte des pays membres, celle-ci est donc devenue l’agent de gestion des programmes de cette nature financés sur des fonds d’affectation spéciale de l’Alliance.

La politique générale applicable aux fonds d’affectation spéciale de l’OTAN, mise au point en septembre 2000, a d’abord visé à aider les pays qui devaient détruire leurs stocks de mines terrestres antipersonnel dans les quatre années suivant leur ratification du Traité d’Ottawa.

© Reuters Alberto Lowe

En tant que pays partenaire de l’OTAN, en 2001 l’Albanie a été la première à bénéficier de cette nouvelle politique. Les ressources financières ont été fournies au titre de fonds d’affectation spéciale de l’Alliance, la NAMSA a assuré la gestion, la passation des contrats et le contrôle financier, et les pays hôtes ont fourni les compétences techniques et la main-d’œuvre.

Dans d’autres pays, comme l’Ukraine, la Moldova, le Tadjikistan, le Bélarus ou la Serbie-Monténégro, des stocks de plus de 4 millions de mines terrestres antipersonnel ont été détruits. Cela a contribué à faire des Balkans la première région du monde exempte de stocks de mines antipersonnel.

En reconnaissance de l’importance d’une résolution de l’ONU sur l’éradication du commerce illicite d’armes légères et de petit calibre, la politique générale applicable aux fonds d’affectation spéciale de l’OTAN a été modifiée en 2001 pour y inclure les projets d’aide concernant ces ALPC. À la suite de cela, en Serbie, au Monténégro et en Albanie, plus de 100 millions de cartouches de munitions pour armes de petit calibre ont été détruites, et en Ukraine, plus de 400 000 ALPC ont également été détruites.

En 2001, l’aide internationale à la destruction des munitions excédentaires a aussi été incluse dans les fonds d’affectation spéciale, et l’Albanie, la Géorgie (à deux reprises), l’Ukraine et la Moldova ont bénéficié de projets concernant la destruction de stocks à ce titre.

Jusqu’ici, 25 000 tonnes de munitions conventionnelles, 10 000 missiles et roquettes et 1000 MANPADS (lance-roquettes portables) ont été détruits dans des pays aussi divers que l’Albanie, la Jordanie, la Mauritanie et l’Afghanistan.

En Afghanistan, sans contrôles appropriés, il y a de fortes chances que les stocks gouvernementaux mal gardés et insuffisamment entretenus finissent par tomber aux mains de terroristes.

Afghanistan : agir là où c’est nécessaire

En Afghanistan, les champs de mines, les zones de combat contaminées par des munitions non explosées, les caches d’armes et les stocks gouvernementaux mal gardés et insuffisamment entretenus sont autant d’éléments qui contribuent à créer un environnement dangereux. Sans contrôles appropriés, il y a de fortes chances que ces stocks finissent par tomber aux mains de terroristes.

Que fait l’Alliance pour remédier à cette situation ? Le projet OTAN relevant de fonds d’affectation spéciale de 7 millions d’euros portant sur la sécurité physique et la gestion des stocks (PSSM) a été entrepris en vue de la construction d’un dépôt de munitions moderne, aux normes de l’Alliance, à Chimtallah, dans la région de Kaboul.

© Reuters TV

Après la déclaration Afghanistan-OTAN de septembre 2006, dans laquelle la PSSM est considérée comme l’un des grands domaines de la coopération de l’Alliance avec ce pays, la NAMSA a été invitée à mettre au point une proposition de construction d’un dépôt destiné à accueillir une grande partie des stocks nécessaires pour répondre aux besoins des Forces nationales de sécurité de l’Afghanistan (FNSA) en développement.

Le projet a débuté en 2008, et au moment de son achèvement, fin 2010, 12 igloos recouverts de terre avaient été construits. Une installation d’inspection des munitions et d’autres infrastructures comme des routes et des clôtures de sécurité ont également été construites. Des chariots élévateurs à fourche, du matériel de manutention mécanique et une formation à la gestion des munitions ont aussi été fournis pour permettre aux FNSA de disposer d’un dépôt à haute capacité.

Chimtallah comptait déjà 39 abris pour munitions recouverts de terre, mais l’accès de matériel de manutention mécanique n’y était pas possible, et leur capacité était limitée. À présent, deux des igloos normalisés OTAN peuvent recevoir le contenu total des 39 abris existants.

Les États-Unis sont en train de fournir encore d’autres dépôts de munitions modernes, qui devraient couvrir une grande partie des besoins de stockage au sein du système de répartition des munitions de l’Afghanistan. Cela créera, à terme, des conditions de sécurité et de sûreté pour l’entreposage des munitions dans les endroits de déploiement des FNSA dans l’ensemble du pays.

Une solution mondiale à un problème mondial

Des efforts internationaux concertés, régis par des traités juridiquement contraignants, sont le moyen le plus efficace de réduire les stocks d’armes et de munitions. Plus le consensus est large, plus l’autorité morale est forte, et plus il est difficile pour des États de rester en marge.

L’un des principaux points forts d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies ou d’un traité international est l’accès qu’ils donnent à des moyens financiers, notamment dans le cadre de programmes d’aide internationale. Il faut donc espérer qu’un traité international portant sur les stocks de munitions excédentaires ou obsolètes conduira à une réévaluation fondamentale de ce problème majeur.

En dix ans, 50 millions d’euros ont été versés au titre de projets relevant de fonds d’affectation spéciale de l’OTAN par plus de 40 pays membres et partenaires de l’Alliance. L’Union européenne, le Programme des Nations Unies pour le développement, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, et certaines organisations non gouvernementales ont également contribué à la réussite de ces projets.

Ces montants peuvent paraître importants, mais les efforts internationaux restent insuffisants pour régler les problèmes, en particulier celui de l’élimination des stocks de munitions excédentaires qui subsistent en grande quantité dans certains pays.

Malgré tous les efforts menés pour sécuriser et éliminer les stocks obsolètes hérités de l’époque de la Guerre froide, il reste beaucoup à faire. À mesure que l’OTAN continuera de développer ses relations avec des partenaires internationaux pertinents, de nouvelles opportunités de contributions aux actions de destruction vont se présenter au niveau mondial. Entre-temps, les mécanismes tels que les fonds d’affectation spéciale de l’Alliance resteront un véhicule nécessaire pour appuyer ces activités.

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