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Armes de destruction: durant Essential Harvest, les
soldats de l'OTAN ont collecté près de 4 000 armes en
30 jours.
(© NATO)

Mihai Carp décrit et examine les efforts novateurs de l'OTAN pour éviter les conflits en Serbie méridionale et dans l'ex-République yougoslave de Macédoine.*

Il semblerait que cette année soit la première, en plus d'une décennie, où les bonnes nouvelles éclipsent les mauvaises en Europe du Sud-Est. Cela résulte sans nul doute en partie des répercussions des attaques terroristes du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis et de la réorientation de l'attention des médias vers d'autres régions du monde. Mais c'est également le résultat de véritables améliorations des conditions sur le terrain, ce qui paraissait extrêmement improbable l'an passé.

Au début 2001, un conflit armé en Serbie méridionale, opposant des extrémistes d'ethnie albanaise aux forces de sécurité serbes et yougoslaves, menaçait la stabilité de la région. Son issue pacifique est, dans une large mesure, le résultat d'une stratégie concertée de prévention du conflit menée par l'OTAN et d'autres organisations internationales. Quelques mois plus tard, dans l'ex-République yougoslave de Macédoine* voisine, une guerre civile de grande ampleur aux conséquences potentiellement désastreuses pour le pays, sa population et l'engagement international dans la région a, elle aussi, été évitée.

Dans les deux cas, l'OTAN, de concert avec d'autres organisations internationales, a joué un rôle essentiel en créant les conditions du rétablissement de la paix et de la stabilité. Travaillant en étroite collaboration avec les gouvernements de Belgrade et de Skopje, la communauté internationale a contribué à la mise en place d'une série complète de réformes et de mesures de confiance pour soutenir de larges accords politiques destinés à mettre fin aux deux conflits. Dans les deux cas, les extrémistes albanais ont été persuadés de déposer les armes. Après des années de débat public et de revers pour la sécurité internationale en ex-Yougoslavie, ces deux cas peuvent être considérés comme les premiers exemples de gestion efficace des crises et de prévention des conflits.

Troubles dans la vallée de Presevo

Lorsqu'en juin 1999, les forces de sécurité serbes et yougoslaves se sont retirées du Kosovo à la suite de la campagne aérienne de l'OTAN, rares étaient ceux qui étaient conscients qu'un autre conflit potentiel était sur le point d'éclater un peu au-delà de la frontière de la Serbie méridionale. Dans la vallée de Presevo cependant, une importante communauté d'ethnie albanaise demeurait directement sous autorité serbe, sans droits politiques et sociaux adéquats, tout en n'ayant guère de perspectives d'avenir décent. Le fait qu'une grande partie des forces spéciales de la police serbe et des unités de l'armée yougoslave qui avaient été chargées de réprimer la population d'ethnie albanaise au Kosovo était temporairement stationnée en Serbie méridionale ajoutait aux tensions locales.

A l'époque, à la suite d'un Accord militaro-technique conclu entre l'Alliance et l'armée yougoslave, la force de paix internationale déployée au Kosovo (KFOR) supervisait une zone tampon (Ground Safety Zone, GSZ) de cinq kilomètres le long de la frontière interne du Kosovo avec la Serbie. Les troupes de la KFOR n'étaient pas physiquement présentes sur cette bande de territoire, mais surveillaient les activités yougoslaves dans la région. De la sorte, la KFOR veillait à ce que la zone tampon soit hors de portée de l'armée yougoslave, mais pas de la police locale.

Un engagement international précoce peut contribuer à éviter un scénario du pire.

Au second semestre 2000, des extrémistes d'ethnie albanaise légèrement armés lancèrent une série d'attaques contre les forces de sécurité serbes dans la GSZ, sous prétexte d'obtenir une plus grande égalité de droits pour les membres de leur ethnie. Sous le nom d'"Armée de libération de Presevo, Medvedja et Bujanovac" (UCPMB), ces extrémistes tuèrent quatre policiers serbes en novembre. Et, en dépit de la multiplication des patrouilles de la KFOR le long de la frontière côté Kosovo, l'UCPMB prit rapidement le contrôle de trois municipalités: Bujanovac (de loin la plus importante, avec une population principalement mixte), Presevo (où les représentants de l'ethnie albanaise sont en nette majorité) et Medvedja (à majorité serbe). Fin décembre 2000, le nombre de militants d'ethnie albanaise armés et en uniforme atteignait plusieurs centaines, sans qu'une solution se dessine.

Pour la KFOR et l'OTAN, le conflit en rapide escalade présentait un risque grave pour la sécurité, avec des implications immédiates pour le Kosovo. S'il était exclu que la GSZ se muât en un sanctuaire pour les extrémistes d'ethnie albanaise, il fallait en outre redouter qu'une réponse militaire de grande envergure de Belgrade entraînât de nouveaux combattants d'ethnie albanaise dans la région et que des milliers de réfugiés fussent contraints de fuir la Serbie méridionale pour le Kosovo.

Comme la KFOR n'avait pas de mandat direct dans la région, une solution politique était manifestement nécessaire pour garantir des droits renforcés aux membres de l'ethnie albanaise en Serbie méridionale, ainsi que pour préserver l'intégrité territoriale et la souveraineté de la République fédérale de Yougoslavie. Dès le mois de décembre d'ailleurs, la communauté internationale — représentée par l'Union européenne, l'OTAN et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) — considéra qu'une approche commune était nécessaire pour prévenir de nouvelles violences et rétablir la stabilité dans la région. L'implication précoce de la communauté internationale dans la crise coïncida également avec l'éviction de Slobodan Milosevic à Belgrade, qui ouvrit de nouvelles perspectives de retour dans le giron euro-atlantique de la Serbie et du Monténégro.

Le vice-premier ministre serbe Nebojsa Covic se rendit à Bruxelles en février 2001 pour le premier d'une série de contacts de haut niveau entre l'OTAN et Belgrade depuis la fin de la campagne de l'Alliance au Kosovo, afin de faire part au Conseil de l'Atlantique Nord de propositions pour une solution à long terme des problèmes en Serbie méridionale. Une partie du "Plan Covic" prévoyait l'acception par l'OTAN d'une réduction de la GSZ pour permettre aux autorités yougoslaves de rétablir leur contrôle sur la région. Comme une telle réduction ne pouvait être décidée à la légère en raison du risque de nouveaux affrontements, le Conseil de l'Atlantique Nord souligna que Belgrade devrait d'abord faire la preuve de sa bonne foi en introduisant un certain nombre de mesures de confiance afin de persuader les membres de l'ethnie albanaise de baisser les armes. Le Secrétaire général nomma en outre un Représentant spécial, Pieter Feith, pour faciliter les contacts entre Belgrade et la communauté d'ethnie albanaise.

Au cours des quatre mois qui suivirent, M. Feith et une petite équipe de spécialistes de l'OTAN effectuèrent de nombreuses missions dans la région. Au cours de ces missions, l'équipe de l'OTAN contribua à la négociation de cessez-le feu et établit des canaux directs de communication entre les autorités serbes et les groupes armés d'ethnie albanaise. L'équipe supervisa également le retrait des armes lourdes, la mise en ouvre des mesures de confiance, dont l'amnistie pour les combattants d'ethnie albanaise, et, finalement, la démilitarisation de l'UCPMB.

M. Feith et son équipe pratiquèrent ainsi la diplomatie traditionnelle des navettes (dans un rayon de 20 kilomètres), mais l'OTAN n'avait pas pour autant de rôle officiel de médiation. Pour compléter les contacts et les consultations de haut niveau à Bruxelles entre l'Union européenne et l'OTAN, un représentant de l'Unité de planification politique de l'Union européenne accompagnait l'équipe de l'OTAN en permanence. Cette approche conjointe en étroite collaboration s'avéra extrêmement efficace pour promouvoir une stratégie internationale commune et fit comprendre aux parties que la communauté internationale ne tolérerait aucune escalade. Les missions fournirent également au Conseil de l'Atlantique Nord et à l'Union européenne les informations essentielles dont ils avaient besoin pour prendre des décisions informées.

Après des négociations compliquées sur le terrain et en dépit de revers occasionnels, le Conseil de l'Atlantique Nord finit par accepter une réoccupation graduelle et conditionnelle de la GSZ en quatre étapes distinctes au cours du printemps 2001. Cette réoccupation impliquait que, si le commandant de la KFOR conservait la responsabilité globale de la région, les forces yougoslaves étaient autorisées à rentrer dans la zone tampon jusqu'à la frontière administrative avec le Kosovo. A chaque étape, le Conseil de l'Atlantique Nord prit en compte les conseils militaires de l'OTAN et l'évolution de la situation sur le terrain, l'ensemble du processus aboutissant au retour des forces yougoslaves dans le secteur le plus sensible de Bujanovac, à la mi-mai. Un accord de démilitarisation associé mettant effectivement fin à la rébellion fut signé par l'UCPMB et le gouvernement serbe le 21 mai.

En retour de la dissolution de l'UCPMB, Belgrade accepta toute une série de mesures pour faciliter la rapide intégration des représentants de l'ethnie albanaise dans les structures politiques et administratives de la région et la communauté internationale accepta d'apporter son aide en cas de besoin. Les réfugiés furent encouragés à regagner leurs foyers et différents organismes veillèrent à fournir des matériaux pour rendre ces foyers habitables. L'OSCE a mis sur pied un programme spécialisé pour la formation d'une force de police multiethnique devant être déployée dans les villages à majorité albanaise précédemment occupés par les rebelles. Et des élections locales destinées à assurer une représentation plus équitable et équilibrée de tous les groupes ethniques au niveau municipal ont été promises.

Skopje au bord du gouffre

Les efforts de la communauté internationale et de l'OTAN en Serbie méridionale n'ont cependant pas tardé à être éclipsés par un déchaînement de violence dans l'ex-République yougoslave de Macédoine* voisine. De nouveaux troubles considérés à l'époque par de nombreux observateurs comme une tentative coordonnée des extrémistes de l'ethnie albanaise pour opposer les forces de sécurité officielles et l'Armée de libération nationale (ALN) avaient déjà entraîné en mars de nombreux morts et d'importantes destructions autour de la ville de Tetovo, dans le Nord-Ouest du pays. Dès le début de l'été, des militants albanais avaient pris le contrôle de vastes portions de territoire dans l'Est et le Nord. Le gouvernement utilisait pour sa part des forces disproportionnées pour tenter de mater le soulèvement. Pour l'OTAN, le risque d'un regain d'instabilité posait de graves défis politiques, étant donné que la survie même de l'ex-République yougoslave de Macédoine* en tant qu'Etat était menacée.

Dès le commencement de la crise, le Bureau de liaison de l'OTAN à Skopje, alors dirigé par l'ambassadeur Hans-Joerg Eiff, un diplomate de carrière allemand, fut impliqué dans des tentatives pour la désamorcer, en liaison avec le gouvernement local et les autres organisations internationales représentées dans le pays. S'appuyant sur certaines leçons tirées de la crise en Serbie méridionale, la communauté internationale se lança dans un effort concerté pour trouver une solution politique, en coopération avec le gouvernement de Skopje. L'Union européenne et les Etats-Unis commencèrent en outre à travailler avec les représentants des principaux partis politiques du pays, afin de concevoir un large cadre pour renforcer le statut de la communauté d'ethnie albanaise et préserver l'unité de l'Etat.

Avec le consentement des plus hauts responsables du gouvernement de Skopje, l'OTAN fut pour sa part chargée des questions de sécurité, c'est-à-dire assurer la fin des combats et créer les conditions d'un désengagement effectif de l'armée et des forces de sécurité d'une part et de l'ALN de l'autre. Comme dans le cas de la Serbie méridionale, Lord Robertson confia à M. Feith et à son équipe de gestion des crises le soin d'ouvrir un canal de communication avec les groupes armés, dans le but d'assurer les cessez-le-feu nécessaires et de persuader les belligérants de soutenir le processus en cours de négociation politique. A la demande du président de l'ex-République yougoslave de Macédoine*, Boris Trajkovski, le Secrétaire général chargea également Mark Laity, son conseiller spécial et le porte-parole adjoint de l'OTAN, de travailler directement au niveau du bureau du président à Skopje et de servir de point de contact essentiel. [Voir l'article de Mark Laity dans le présent numéro de la Revue de l'OTAN.]


Représentant spécial:
Pieter Feith
(© Pieter Feith)

Alors que la crise s'aggravait, il apparut clairement que Skopje ne pourrait la résoudre seule. Le 14 juin, l'OTAN reçut d'ailleurs une demande d'aide du président Trajkovski pour la mise en ouvre d'un plan destiné à désamorcer la crise et plus spécifiquement à initier le désarmement des groupes armés. En réponse, le Conseil de l'Atlantique Nord demanda l'avis des militaires, qui soulignèrent que toute opération de l'OTAN devrait être limitée quant à sa portée, son ampleur et sa durée.

Le défi était considérable, car il impliquait de convaincre l'ALN de rendre volontairement ses armes en échange d'un plan de paix complet et de la perspective d'une intégration pleine et entière dans la société. Etant donné la nature spécifique de la mission, quatre préalables furent fixés au déploiement de l'OTAN: l'adoption de l'accord politique général par les principaux partis politiques, des dispositions légales adéquates pour les troupes de l'OTAN menant l'opération sur le territoire de l'ex-République yougoslave de Macédoine*, un plan présenté par l'OTAN et agréé par l'Alliance et Skopje spécifiant les modalités et les délais de la remise des armes par l'ALN, et un cessez-le-feu durable entre les parties.

Après quelques semaines d'intenses négociations, toutes les exigences de l'OTAN furent satisfaites, ce qui aboutit à la signature, sous le parrainage de l'Union européenne et des Etats-Unis, d'un accord cadre le 13 août, à la station climatique d'Ohrid. Baptisé Opération Essential Harvest, le plan de collecte des armes de l'OTAN pouvait commencer. Au cours des trente jours qui suivirent, une force de l'OTAN composée de plusieurs milliers d'hommes récolta près de 4 000 armes en plusieurs points de collecte désignés. Début octobre, la tâche était achevée et l'ALN avait cessé d'exister en tant qu'organisation armée structurée. Les anciens combattants de l'ALN ne tardèrent pas à obtenir une amnistie du gouvernement afin de faciliter leur retour à la vie civile.

Pour faire suite à l'Opération Essential Harvest, l'OTAN a également accepté, à la demande de Skopje, de maintenir une force beaucoup plus réduite de quelques centaines de soldats dans le pays, afin de protéger les observateurs de l'Union européenne et de l'OSCE chargés de surveiller le retour des forces de sécurité officielles dans les anciennes zones de crise. Baptisée Task Force Fox, la nouvelle force de l'OTAN — qui ne se compose que de quelques centaines d'hommes et de femmes — opère depuis lors dans le cadre d'un mandat étroitement défini. Sa présence contribue néanmoins à maintenir le processus de paix sur les rails.

Une année qui fait toute la différence

Il est peut-être trop tôt pour tirer des conclusions finales un peu plus d'an seulement après les troubles en Serbie méridionale et dans l'ex-République yougoslave de Macédoine*. Comme toujours, les blessures occasionnées par les conflits sont lentes à se cicatriser. Tout le monde s'accorde toutefois à reconnaître que l'engagement précoce et efficace de la communauté internationale sur les deux théâtres a donné de très précieux résultats.

A cet égard, la Serbie méridionale constitue peut-être l'exemple le plus révélateur. Après l'accord de démilitarisation de l'année dernière, les forces yougoslaves sont revenues dans la zone tampon sans incident majeur. Et si des actes occasionnels de violences ont été signalés l'an passé, la situation sécuritaire s'est considérablement améliorée, la présence des forces serbes et yougoslaves ayant diminué et plusieurs centaines de membres de la force de police multiethnique ayant été déployées sur les sites précédemment occupés par l'UCPMB. Des élections locales, organisées par le gouvernement serbe avec l'aide de l'OSCE, se sont déroulées en août de cette année et sont considérées comme la plus importante mesure de confiance dans la région à ce jour. Signe particulièrement symbolique et visible de la volonté de remédier aux abus du passé, un représentant de l'ethnie albanaise a été élu maire de la municipalité ethniquement mixte de Bujanovac pour la première fois en cinquante ans. Les efforts d'assouplissement de l'Alliance ont également ouvert la voie à une solide amélioration des relations entre l'OTAN et Belgrade, qui pourrait aboutir à l'adhésion de la Serbie et du Monténégro au programme de Partenariat pour la paix.

Dans l'ex-République yougoslave de Macédoine*, la situation demeure plus fragile, mais les perspectives sont meilleures que jamais depuis deux ans. Les élections générales organisées à la mi-septembre ont été marquées par un véritable raz de marée en faveur de la coalition d'opposition. Cela constitue avant tout un triomphe pour les citoyens de l'ex-République yougoslave de Macédoine*, qui ont opté pacifiquement pour le changement.

Les leçons qui ont été tirées

Lorsqu'on examine les enseignements apportés à l'OTAN et à la communauté internationale en général par les événements de Serbie méridionale et de l'ex-République yougoslave de Macédoine*, plusieurs réflexions pourraient s'avérer utiles pour faire face à de futurs défis de ce type.

Engagement précoce

Lors d'une future crise, un engagement international précoce pourra contribuer à éviter un scénario du pire. Toujours traumatisée par son incapacité à agir tôt et de manière décisive en Bosnie-Herzégovine au début des années 1990 et après avoir consenti un formidable investissement au Kosovo, la communauté internationale était parfaitement consciente qu'elle ne pouvait laisser dégénérer les événements en Serbie méridionale et dans l'ex-République yougoslave de Macédoine*.

Dans le cas de la Serbie méridionale, l'OTAN devait maintenir un environnement sécurisé au Kosovo et veiller au respect intégral par l'armée yougoslave des dispositions de l'Accord militaro-technique dans la GSZ. Il était non seulement urgent de mettre un terme à la prolifération de l'extrémisme des membres de l'ethnie albanaise, mais également impératif de s'attaquer aux causes profondes de l'instabilité dans la région. Dans ce contexte, il a été répondu sans délai à la demande d'assistance de Belgrade pour la mise en ouvre d'un large plan de paix. Dans le cas de l'ex-République yougoslave de Macédoine*, la communauté internationale était également consciente qu'elle ne pouvait se permettre une guerre civile de grande ampleur. Elle a donc collaboré avec insistance avec les autorités de Skopje pour parvenir à un accord politique précoce.

Suivi cohérent

Le suivi persistant et la ténacité dans la gestion de l'après-conflit demeurent tout aussi importants. Depuis la fin des hostilités armées en Serbie méridionale, l'OSCE, principale agence de mise en ouvre, fournit des conseils et une expertise d'une valeur inestimable aux autorités serbes pour la mise en place de la force de police multiethnique, le programme de réforme des médias multiethniques locaux et la préparation des élections locales. Dans l'ex-République yougoslave de Macédoine*, la signature de l'Accord cadre politique en août dernier n'a constitué que l'une des étapes, importante certes, du processus de paix. Le travail de suivi associé au retour des forces de sécurité officielles dans les ex-zones de crise, la mise en ouvre adéquate de la loi d'amnistie et les préparatifs pour des élections générales libres et honnêtes en coopération avec le gouvernement de Skopje constituent depuis les principaux axes de l'activité internationale. D'autres tâches suivront dans les mois à venir, afin de maintenir le processus de paix sur les rails.

Ce ne sont pas les chiffres qui comptent.

Comparé à la Bosnie-Herzégovine et au Kosovo, où l'OTAN a déployé des dizaines de milliers de soldats au fil des années, l'investissement global en personnel au sol en Serbie méridionale et dans l'ex-République yougoslave de Macédoine* est minime. Une présence militaire de l'OTAN n'a d'ailleurs jamais été envisagée en Serbie méridionale. Dans l'ex-République yougoslave de Macédoine*, tant Essential Harvest que Task Force Fox ont été extrêmement efficaces, avec beaucoup moins d'effectifs que pour les déploiements de l'OTAN dans d'autres parties de l'ex-Yougoslavie. La seule présence de ces missions a cependant eu un impressionnant effet dissuasif et représente une manière novatrice d'utiliser des opérations militaires ciblées pour soutenir une large stratégie politique. Une plus grande implication internationale a ainsi pu être évitée.

Coopération et coordination internationales

Tout l'intérêt d'une coordination de haut niveau entre agences a été clairement démontré dès 1999, lorsque Carl Bildt, alors Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les Balkans, a rassemblé des acteurs essentiels de l'Union européenne, de l'OTAN, de l'OSCE et des Nations Unies pour des réunions régulières. Les réponses internationales aux crises de Serbie méridionale et de l'ex-République yougoslave de Macédoine* ont toutefois atteint de nouveaux niveaux de coopération et de coordination, contribuant ainsi à la réussite globale des efforts internationaux pour arrêter la violence. Lorsque les combats débutèrent dans la vallée de Presevo puis dans l'ex-République yougoslave de Macédoine*, les principaux acteurs internationaux ont rapidement pris conscience qu'un effort coordonné serait essentiel pour résoudre les problèmes, particulièrement en exerçant des pressions sur les parties pour parvenir à une solution politique et en aidant à la mise en ouvre de mesures de confiance. Dans leur gestion des deux crises, les organisations internationales sont parvenues à éviter la duplication des efforts et se sont impliquées dans les domaines où elles possèdent le plus d'expertise.

La coordination et la coopération entre les organisations internationales se sont déroulées en permanence de manière telle que chaque organisation a contribué à renforcer les missions et les objectifs de ses homologues. En Serbie méridionale par exemple, l'Union européenne a renforcé sa présence de surveillance dans la région, tandis que l'OSCE a mis rapidement en place son programme de formation d'une police multiethnique dès qu'elle a reçu le soutien de l'OTAN et de la KFOR pour une éventuelle extraction d'urgence.

Dans l'ex-République yougoslave de Macédoine*, les efforts de l'OTAN en matière de sécurité ont étayé le complexe processus de négociation politique se déroulant sous les auspices de l'Union européenne et des Etats-Unis. Qui plus est, de fréquentes visites conjointes de haut niveau du Secrétaire général de l'OTAN, du haut représentant de l'Union européenne et du président faisant fonction de l'OSCE à Skopje ont ajouté un poids politique à l'impact international des principaux acteurs et souligné l'unité d'intention et de vue de la communauté internationale. En dépit d'un calendrier très chargé et d'autres responsabilités pressantes, des réunions quasi hebdomadaires de la troïka formée par Lord Robertson, Javier Solana et Mircea Geoana ont régulièrement eu lieu dans les bureaux du président Trajkovski et d'autres hauts responsables gouvernementaux et ont plus que symboliquement souligné l'engagement de la communauté internationale.

De nouvelles missions, de nouvelles méthodes de travail

Signalons enfin que, tant en Serbie méridionale que dans l'ex-République yougoslave de Macédoine*, l'OTAN a eu toute latitude de réagir de manière flexible, en appliquant des pressions politiques ou en déployant des forces pour des missions spécifiques de durée limitée. Cela souligne l'aptitude de l'Alliance à répondre efficacement aux futures crises, de concert avec d'autres organisations.

Dans les deux cas, l'OTAN a agi à la demande des gouvernements légitimes de Belgrade et de Skopje, en apportant son aide pour la mise en ouvre du Plan Covic en Serbie méridionale et en aidant à la collecte des armes remises par l'ALN dans l'ex-République yougoslave de Macédoine*. Qui plus est, l'envoi du Représentant spécial du Secrétaire général qui a pu interagir directement avec le gouvernement hôte et les représentants des groupes armés d'ethnie albanaise s'est avéré particulièrement judicieux, car il a permis de finalement obtenir le soutien de ces groupes armés au processus politique, l'acceptation d'un cessez-le-feu et le désengagement des forces. Enfin, alors que le Conseil de l'Atlantique Nord se préparait à prendre des décisions politiques et opérationnelles essentielles, les pays membres de l'OTAN ont octroyé - tout en conservant un droit de regard — une liberté et une flexibilité suffisantes au Représentant spécial pour lui permettre de travailler efficacement sur le terrain.

En ce qui concerne l'avenir, la communauté internationale a encore beaucoup de travail à accomplir en Europe du Sud-Est. L'objectif consistant à créer des processus de paix autonomes ne semble pas pouvoir être atteint pour le moment. La communauté internationale a cependant démontré en Serbie méridionale comme dans l'ex-République yougoslave de Macédoine* que, lorsque les circonstances s'y prêtent, elle est en mesure de faire toute la différence. A cet égard, le passage de l'appréciation théorique des avantages liés à la prévention des conflits à la mise en ouvre pratique d'une stratégie permettant de gérer les crises et d'éviter les guerres de grande ampleur peut être considéré comme l'une des plus grandes réussites des dix années d'intervention internationale dans la région.

Mihai Carp s'occupe de l'Europe du Sud-Est à la Division des affaires politiques de l'OTAN. Il a été l'un des membres essentiels de l'équipe de l'OTAN chargée d'éviter les conflits en Serbie méridionale et dans l'ex-République yougoslave de Macédoine*.

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* La Turquie reconnaît la République de Macédoine sous son nom constitutionnel.