NATO - North Atlantic Treaty Organization

Capacité alliée de surveillance terrestre (AGS)

L’OTAN prévoit d’acquérir un système de surveillance terrestre (AGS), qui donnera aux commandants de l’Alliance une image complète de la situation au sol. L'opération de l'OTAN destinée à protéger les civils en Libye a montré toute l’importance d’une telle capacité. Un groupe d'Alliés a l’intention d’acquérir cinq véhicules aériens sans pilote (UAV), ainsi que les stations de commandement et de contrôle correspondantes. L'OTAN assurera ensuite leur fonctionnement et leur maintenance pour le compte des 28 Alliés.

Le système AGS, qui devrait être acquis par 14 Alliés (Bulgarie, Danemark, République tchèque, Estonie, Allemagne, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et États-Unis), sera mis à la disposition de l'Alliance entre 2015 et 2017. Ce programme transatlantique majeur est en cours d'exécution suite à la signature du contrat d'acquistion au sommet de Chicago, en mai 2012, par les quatorze pays participants.

La capacité centrale de l’AGS, qui sera possédée et exploitée par l’OTAN, permettra à l’Alliance d’assurer en continu la surveillance de larges zones au moyen de plateformes aériennes sans pilote de type HALE (« haute altitude, longue endurance ») opérant à des distances de sécurité considérables, par tous les temps et dans toutes les conditions de luminosité. Grâce à leurs capteurs radar avancés, ces systèmes assureront en permanence la détection et le suivi des objets en mouvement dans l’ensemble des zones observées, et ils fourniront des images radar des zones d’intérêt et des objets fixes.

La base d'opérations principale de l'AGS sera implantée sur la base aérienne de Sigonella (Italie), qui servira un double objectif : base OTAN de déploiement JISR (renseignement, surveillance et reconnaissance interarmées) et centre de formation et d’exploitation de données.

Tout comme les avions de la Force aéroportée de détection lointaine et de contrôle de l'OTAN (NAEW&CF) – les AWACS – surveillent l’espace aérien de l’Alliance, l’AGS aura la capacité d’observer ce qui se passe à la surface de la terre, assurant ainsi une connaissance de la situation avant, pendant et, si nécessaire, après les opérations de l'OTAN.

L'AGS répond à l'un des engagements capacitaires majeurs pris au sommet de Lisbonne.
  • Composantes

    L’AGS central sera un système intégré composé d’un segment air, d’un segment sol et d’un segment soutien.

    Le segment air comprendra cinq UAV Global Hawk Block 40 HALE. Ces UAV seront équipés du radar de surveillance terrestre avancé MP-RTIP (radar multiplateformes) et d’une série de moyens de communication large bande et longue portée, en vue directe et au-delà de la vue directe. Le segment air comprendra également les stations de contrôle de vol des UAV.

    Le segment sol assurera une interface entre l’AGS central et de nombreux systèmes C2ISR (commandement et contrôle, renseignement, surveillance et reconnaissance), permettant ainsi de se connecter et d’envoyer des données à de multiples utilisateurs opérationnels déployés et non déployés, y compris à des moyens de télésoutien éloignés de la zone de surveillance.

    Le segment sol comprendra plusieurs stations terrestres de configurations diverses (notamment mobiles et transportables) qui permettront l’interconnexion des liaisons de données, offriront des moyens de traitement et d’exploitation des données, et assureront l’interface pour l’interopérabilité avec les systèmes C2ISR.

    Le segment soutien de l’AGS central comportera des moyens dédiés de soutien des missions, qui seront implantés à la base d’opérations principale de l’AGS, à Sigonella (Italie).

    Les contributions en nature de la France et du Royaume-Uni compléteront l'AGS par des systèmes de surveillance supplémentaires.

    De par leur composition, l’AGS central et ces contributions en nature donneront à l’OTAN une grande souplesse pour l’emploi de ses moyens de surveillance terrestre.

    L'ensemble sera complété par d'autres systèmes nationaux aéroportés interopérables de surveillance appartenant aux pays de l'OTAN, en fonction des besoins de telle ou telle opération ou mission spécifique menée par l'Alliance.

  • Mécanismes

    L’Organisation de gestion de l'AGS de l'OTAN (NAGSMO) est chargée de l’acquisition de la capacité centrale de l’AGS au nom des quatorze pays participants. Le Bureau de mise en œuvre de l’AGS, implanté au Grand Quartier général des Puissances alliées en Europe (SHAPE), est chargé d’assurer l’intégration opérationnelle et de faciliter l’utilisation de la capacité centrale de l’AGS de l’OTAN.

    L’Agence de gestion de l’AGS de l’OTAN (NAGSMA), qui représente les quatorze pays acquéreurs de l'AGS, a reçu la proposition finale du contractant principal, et le contrat a été négocié avec succès. Les dispositions contractuelles sont à l’étude dans les pays acquéreurs. L'attribution du contrat était attendue au sommet de Chicago ou peu après. Les industriels des quatorze pays participants seront impliqués dans la construction du système AGS.

    Les fonds communs OTAN pour l'infrastructure, les communications, l'exploitation et le soutien seront engagés conformément aux procédures normales d'autorisation de financement en vigueur au sein de l'Alliance.

    Lorsque l'AGS sera pleinement opérationnel, en 2017, la France et le Royaume‑Uni signeront avec le commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) un mémorandum d'entente (MOU) définissant les modalités selon lesquelles leurs contributions en nature seront mises à la disposition de l'Alliance.

  • Soutien aux tâches fondamentales de l’OTAN

    Le sommet de Lisbonne a exposé la vision des chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Alliance pour l'évolution de l'OTAN et la sécurité de ses pays membres. Cette vision est basée sur trois tâches fondamentales, détaillées dans le nouveau concept stratégique :

    • la sécurité coopérative
    • la gestion de crise
    • la défense collective

    À Lisbonne, il a été pris acte de ce que l’AGS était une capacité critique pour l'Alliance, une capacité qui devrait contribuer grandement à l'ambition de l'OTAN en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance interarmées (JISR).

    L'AGS contribuera à ces trois tâches fondamentales grâce à ses moyens radar à synthèse d’ouverture (SAR) fonctionnant en mode « fauchée » et « image ponctuelle » et à ses moyens de suppression des échos fixes au sol (GMTI), qui permettront de collecter les informations voulues pour donner aux décideurs politiques et militaires une image complète de la situation au sol.

  • Évolution

    Conçu à l’origine par le Comité des plans de défense, en 1992, le programme AGS était présenté comme un effort d'acquisition de capacités lorsque, en 1995, les ministres de la Défense des pays de l'OTAN sont convenus que « l'Alliance devait poursuivre les travaux visant à se doter d'une capacité AGS centrale minimale essentielle appartenant à l'OTAN et exploitée par elle, complétée par des moyens nationaux interopérables ».

    Le programme AGS devait fournir à l'OTAN une capacité de surveillance terrestre complète et intégrée, qui donnerait à l'Alliance et à ses pays membres accès, sans restriction ni filtrage, aux données de surveillance terrestre, en temps quasi réel et de manière interopérable. Il devait inclure un segment air comprenant des capteurs radar aéroportés et un segment sol composé de stations terrestres fixes, transportables ou mobiles pour l'exploitation et la diffusion de données, tous ces éléments étant interconnectés grâce à des liaisons de données hautement performantes.

    Dès le départ, la capacité AGS devait être basée sur un ou plusieurs types de moyens de surveillance terrestre existants ou en développement dans les pays de l'OTAN, approche dans laquelle ont ensuite été inclus des systèmes en développement basés sur des radars américains ou européens. Cependant, aucune de ces approches n'a obtenu un appui suffisant des pays de l'OTAN pour être mise en œuvre. En 2001, le Conseil de l'Atlantique Nord (renforcé) a décidé de redynamiser l'AGS par un programme accessible à tous les pays de l'OTAN et par le développement parallèle du TCAR (radar AGS développé en coopération transatlantique).

    En 2004, l'OTAN a décidé d'appliquer l'approche dite de « flotte mixte ». Le segment air devait inclure des avions pilotés, à savoir des Airbus A321, et des UAV, à savoir des Global Hawk Block 40, les uns et les autres équipés de radars TCAR, tandis que le segment sol devait comprendre un large ensemble de stations terrestres fixes et déployables.

    Suite à la contraction des budgets de défense européens, l'OTAN a décidé en 2007 d'abandonner l'approche « flotte mixte » et d'adopter à la place un système AGS plus simple, dans lequel le segment air est basé sur l'UAV Global Hawk Block 40 de série et sur le radar MP-RTIP correspondant. Le segment sol, qui sera en grande partie développé et construit par les industriels européens et canadiens, est pratiquement inchangé, ses caractéristiques fonctionnelles et opérationnelles étant largement indépendantes de l'aéronef et du capteur effectivement utilisés.

    En février 2009, les pays membres de l’OTAN qui participent au programme AGS ont entamé le processus de signature du mémorandum d’entente du programme. C’est là une étape importante dans la concrétisation d’une capacité essentielle sur le plan des opérations, et dont l’OTAN a un besoin urgent. La NAGSMA a été créée en septembre 2009, après que tous les pays participants ont approuvé le mémorandum d’entente cadre, qui sert de référence pour l’acquisition de cette nouvelle capacité de l’OTAN.

    Une autre étape majeure pour le programme AGS a été le sommet de Lisbonne en 2010, où l’importance du besoin opérationnel d'une capacité AGS possédée et exploitée par l’OTAN a été reconfirmée dans le nouveau concept stratégique de l'OTAN. L'AGS figurait également parmi les besoins capacitaires les plus pressants de l'Alliance recensés dans le paquet de Lisbonne.

    Le 3 février 2012, le Conseil de l'Atlantique Nord a approuvé une voie à suivre pour financer collectivement les coûts d'exploitation de l'AGS au service de l'Alliance. La décision de recourir au financement commun OTAN pour l'infrastructure, les communications par satellite, l'exploitation et le soutien ouvre la voie à la conclusion du contrat d'acquisition de l'AGS par ces 13 Alliés. En outre, un accord a été trouvé pour que le système Sentinel du Royaume-Uni et le futur système Heron-TP de la France soient mis à disposition comme contributions nationales en nature, qui remplaceront partiellement les contributions financières de ces deux Alliés.

  • Faits et chiffres

    Caractéristiques générales de l'UAV Global Hawk Block 40 

    • Fonction principale : renseignement, surveillance et reconnaissance « haute altitude, longue endurance »
    • Groupe propulseur : réacteur à double flux Rolls Royce-North American AE 3007H
    • Poussée : 7 600 livres
    • Envergure : 39,8 m / 130,9 pieds
    • Longueur : 14,5 m / 47,6 pieds
    • Hauteur : 4,7 m / 15,3 pieds
    • Poids : 6 781 kg / 14 950 livres
    • Poids maximal au décollage : 14 628 kg / 32 250 livres
    • Capacité en carburant : 7 847 kg / 17 300 livres
    • Charge utile : 1 360 kg / 3 000 livres
    • Vitesse : 575 km/h / 310 nœuds / 357 mi/h
    • Rayon d'action : 16 113 km / 8 700 milles nautiques / 10 112 miles
    • Plafond : 18 288 m / 60 000 pieds