Lutte contre les engins explosifs improvisés

  • Mis à jour le: 20 Oct. 2014 11:48

Un engin explosif improvisé (EEI) est un type d'arme explosive non conventionnelle qui peut prendre n'importe quelle forme et être activé de diverses manières. Les cibles de ces armes sont aussi bien les soldats que les civils. Les EEI jouent un rôle de plus en plus important dans les conflits d'aujourd'hui et continueront de faire partie de l'environnement des opérations militaires futures de l'OTAN. L'Organisation doit rester prête à lutter contre les EEI dans n'importe quelle opération terrestre ou maritime impliquant des menaces asymétriques, où la protection des forces reste une priorité absolue.

Les EEI comptent parmi les principaux responsables des pertes causées aux troupes et font payer un lourd tribut aux populations locales. Pour limiter les risques qu’ils représentent, l'Alliance aide les pays membres et partenaires à développer leurs propres capacités de lutte contre ces engins, l'accent étant mis en particulier sur la formation et l'entraînement, sur l'élaboration d'une doctrine et sur le perfectionnement des technologies de contre‑mesures.

En 2010, l'OTAN a mis en place un plan d'action pour la lutte anti-EEI, axé sur trois objectifs : la neutralisation de l'engin lui-même, la mise en échec des réseaux, et la préparation des forces. Pour ce qui est de la neutralisation des EEI, plusieurs services de l'OTAN étudient les moyens de les détecter, de les mettre en échec, de les exploiter en tant que sources d'informations, de préparer et d'entraîner les soldats à un environnement contaminé par des EEI, et de développer des technologies permettant de prévenir les attaques aux EEI et de protéger les soldats et les civils.

La neutralisation des EEI est probablement la partie la plus visible des activités de lutte anti-EEI, mais pour qu'elle soit réellement efficace, elle doit être précédée par des activités visant à identifier et à mettre en échec les réseaux qui placent, fabriquent et acquièrent des EEI. L'Alliance s'emploie à réduire la fréquence et la gravité des attaques perpétrées au moyen d'EEI, mais elle cible également les filières logistiques. Comprendre les divers réseaux qui constituent une menace aux niveaux tactique et stratégique est essentiel au succès des opérations actuelles et futures, dans lesquelles les lignes de bataille ne sont plus aussi claires.

Les efforts de lutte anti-EEI sont menés au siège de l'OTAN à Bruxelles, au Commandement allié Transformation (ACT) à Norfolk, Virginie (États-Unis), au QG de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan, ainsi que dans différents centres d'excellence et agences de l'OTAN. Ces différents commandements, agences et divisions axent leurs activités sur la recherche, l'entraînement, les exercices, l'élaboration d'une doctrine, le développement de capacités de neutralisation des EEI, le partage d'informations et le rassemblement d'acteurs non OTAN dans le but de démanteler les réseaux avant que les EEI ne fassent des morts ou des blessés parmi les troupes ou parmi les civils.

  • Plan d'action pour la lutte anti-EEI

    Le plan d'action pour la lutte anti-EEI oriente les efforts déployés par l'Alliance pour réduire les effets des EEI et sert de cadre pour la coordination des différents acteurs de la lutte contre ces engins. Il couvre tous les niveaux de la lutte anti-EEI, du niveau stratégique au niveau tactique.

    Il s'articule autour de plusieurs volets, dont le partage de l'information et le renforcement de la coopération avec d'autres organisations internationales et forces publiques. Il prévoit en outre un entraînement spécifique des troupes déployées dans des secteurs où les EEI sont largement employés, et le perfectionnement du matériel utilisé pour détecter les EEI et pour protéger les troupes.

    Une version révisée de ce plan d’action a été approuvée par l'OTAN en octobre 2013. Le nouveau plan d'action insiste sur la nécessité d'institutionnaliser la lutte anti-EEI au sein des structures de commandement et de forces de l'OTAN et d'appuyer les efforts déployés par les pays pour faire de même. Le plan d'action reconnaît également qu'il faut améliorer la compréhension et le renseignement au service de l’objectif général du pilier « mise en échec des réseaux » de la capacité de lutte anti-EEI à l'appui des opérations de l'OTAN. À cet égard, l'utilisation d'informations biométriques est considérée comme un élément essentiel pour contrer l'anonymat des menaces.

    L'ACT a la responsabilité générale de suivre la mise en œuvre des différents aspects du plan d'action et, au travers de l'Équipe spéciale OTAN chargée de la lutte anti-EEI, coordonne et synchronise les efforts déployés au siège de l'Organisation, dans les commandements stratégiques et dans les autres organismes de l'OTAN.

  • Matériel et technologie

    Les EEI peuvent être camouflés partout : fixés à des animaux, posés le long des routes ou attachés à une personne. Leur détonation peut être commandée via un téléphone portable ou un fil déclencheur, entre autres. Ils peuvent être déployés partout, dans un environnement de combat comme en plein centre-ville. Leur adaptabilité à pratiquement n'importe quelle situation les rend difficiles à détecter et à neutraliser, c'est pourquoi les pays de l'OTAN et leurs partenaires ont recours à de multiples méthodes pour accroître les capacités de lutte anti-EEI.

    Dans l'esprit de l'objectif du secrétaire général de l'OTAN consistant à promouvoir la coopération multinationale en matière de dépenses de défense, la Conférence des directeurs nationaux des armements (CDNA) a identifié 19 initiatives de coopération multinationale dans le domaine de la lutte anti-EEI. Ces initiatives, comme l'acquisition commune de matériel, les tests conjoints de nouvelles technologies, la coopération en matière de recherche technologique et le développement de normes communes pour les équipements, ont été rassemblées dans une feuille de route pour les matériels de lutte anti-EEI.

    Les communautés d'experts au sein des Groupes OTAN sur l'armement des forces aériennes, des forces terrestres et des forces navales disposent d'une multitude d'études sur diverses questions allant des moyens de détection à la neutralisation, en passant par la réduction maximale des effets par la protection des soldats, des plates-formes et des installations. Ces études permettent un partage d'informations entre pays alliés et partenaires, l’élaboration de normes pour une lutte anti-EEI efficace, qui se fasse de manière coordonnée et interopérable à l'échelle des opérations, et la conduite de nombreuses activités en coopération, notamment les initiatives de défense intelligente. Ces activités bénéficient du soutien appuyé des études du Groupe consultatif industriel OTAN (NIAG) ainsi que des travaux en cours dans le cadre de l'Organisation pour la science et la technologie (STO).

    La CDNA a également créé un fonds alimenté par des contributions nationales volontaires pour des projets multinationaux s'inscrivant dans le cadre du plan d'action pour la lutte anti-EEI, comme la formation des équipes de recherche technique et tactique avant leur déploiement. Les pays de l'OTAN ont également accès à la base de données d'un centre d'échanges, qui doit faciliter le partage d'informations sur les programmes actuels et futurs relatifs aux équipements de lutte anti-EEI et contribuer à déterminer les domaines de coopération possibles.

    Par ailleurs, l'OTAN a plusieurs projets de développement capacitaire dans le cadre du programme de travail pour la défense contre le terrorisme (DAT), projets axés sur la mise au point de capteurs et de technologies de l'information pour la détection d'EEI. Le programme de travail pour la DAT, qui vise à identifier et à fournir des solutions capacitaires à court terme, inclut spécifiquement un volet consacré à la lutte anti-EEI. Parmi les divers acteurs qui soutiennent cette initiative, l'Agence OTAN d'information et de communication (NCIA) assume le rôle de chef de file pour ce qui est de tester les différentes technologies de détection à distance. Le centre d'excellence pour la lutte contre les EEI, situé en Espagne, concentre son action sur le recueil et le partage des enseignements tirés, ainsi que sur la recherche portant sur les projectiles formés par explosif – ce type d'EEI permet aux insurgés de frapper et de détruire des véhicules blindés légers et lourds à faible coût, et avec des projectiles dont la conception laisse à désirer.

    Pour sa part, le centre d'excellence pour la neutralisation des explosifs et munitions (NEM), situé en Slovaquie, se concentre sur les activités, les technologies et les procédures pour les opérations de sécurisation EEI, conformément à l'initiative de neutralisation des explosifs et munitions.

    D'autres projets de lutte anti-EEI, qui s'inscrivent également dans le cadre du programme de travail pour la DAT, sont axés sur l'ouverture d'itinéraires, le développement d'un outil OTAN de gestion de l'information sur la lutte anti-EEI ou encore la conduite d'exercices sur table ou réels afin d'entraîner les troupes dans un environnement où les EEI sont très présents. L'un de ces exercices est Northern Challenge, conduit par la garde côtière islandaise. Cet exercice offre une occasion unique d'entraîner les équipes EEI actives ou sur le point d’être déployées dans le cadre de missions internationales.

    L'OTAN, en coopération avec la NCIA, contribue à coordonner et à exécuter l'acquisition conjointe de matériel de lutte anti-EEI au moyen d'un système de financement commun ou de fonds mis à disposition par les pays. La NCIA analyse les technologies émergentes dans un environnement opérationnel et mène des recherches et des expérimentations en vue de répondre aux besoins urgents de l'Alliance.

  • Partage de l'information et du renseignement

    Dans un premier temps, les efforts de l'OTAN dans le domaine de la lutte anti-EEI ont porté sur la détection et la neutralisation des EEI. Ils se sont concentrés sur la protection des troupes contre ces dispositifs par une adaptation des équipements et de la protection individuelle, ce qui a également conduit à une adaptation de l'entraînement avant la mission pour y inclure l'élimination des EEI. La lutte anti-EEI ne se limite toutefois plus à la détection et à la neutralisation : elle doit également s'attaquer aux réseaux qui se cachent derrière ces armes. C'est pourquoi l'OTAN a recours tant à des moyens militaires qu'à des moyens civils pour lutter contre les EEI.

    Le partage de l'information entre forces publiques internationales et nationales, ainsi qu'entre services de douanes et de contrôle aux frontières, joue un rôle déterminant dans la représentation graphique des réseaux ennemis. L'OTAN forme également ses troupes à l'interaction avec les civils dans le cadre d'un déploiement. Les informations fournies par les civils, qui connaissent la région, peuvent s'avérer essentielles à la prévention d'attaques aux EEI.

  • Formation et entraînement

    Avant leur déploiement, les forces de l'OTAN suivent une formation dont le but est de les préparer à la conduite d’opérations dans un environnement contaminé par des EEI. Une fois sur le théâtre, elles reçoivent aussi des instructions complémentaires visant à actualiser leurs connaissances et à les aider à faire face aux difficultés propres à chaque région. L'OTAN, au travers de l'ACT, s'emploie également à réduire les écarts entre les pays en matière de formation, de normalisation et d'élaboration de la doctrine dans le cadre de la lutte anti-EEI.

    La formation à la lutte anti-EEI est axée principalement sur la capacité à mettre en échec les réseaux avant le placement des engins, à détecter les EEI et à les neutraliser de manière sûre avant que des soldats ou des civils ne soient blessés ou tués. C'est dans cet esprit que l'ACT propose plusieurs programmes de formation à la lutte anti-EEI gérés par l'équipe de projet intégrée de lutte anti-EEI, notamment un stage de sensibilisation pour officiers d'état-major, un stage de sensibilisation tactique à la mise en échec de réseaux, un stage destiné aux équipes de renseignement sur les armes et un stage de formation des formateurs dans le domaine de la lutte anti-EEI.

    Plusieurs centres d'excellence proposent également des stages et des formations spécifiques à un environnement contaminé par des EEI. Implanté à Madrid (Espagne), le centre d'excellence pour la lutte anti-EEI a pour principal objectif de renforcer les capacités des participants à contrer, réduire et éliminer les menaces que représentent les EEI, en proposant des formations multinationales aux experts de la lutte contre ces engins. Ce centre met également à disposition un large éventail d'experts chargés d'entraîner et de former les forces nationales et internationales à la conduite d'opérations de lutte anti-EEI. De concert avec le secteur privé, il vise également au démantèlement des réseaux.

    Le centre d'excellence pour la neutralisation des explosifs et munitions, implanté à Trenčín (Slovaquie), concentre ses activités sur la neutralisation des EEI. Il s'emploie à améliorer les capacités des experts du domaine appelés à neutraliser des EEI en offrant des formations et en mettant à disposition son expertise dans les domaines de la neutralisation, de l'enlèvement et de la destruction des explosifs. Outre le volet formation, le centre d'excellence de Trenčín axe également ses travaux sur la normalisation, l'élaboration de doctrines et le développement des capacités pour le perfectionnement des technologies dans les domaines de la neutralisation des explosifs et munitions et des EEI.

    Étant donné les connexions entre leurs domaines de spécialisation respectifs, le centre d'excellence pour la neutralisation des explosifs et munitions et le centre d'excellence pour la lutte anti-EEI sont amenés à coopérer. Par ailleurs, ces centres ont des liens étroits avec d'autres centres d'excellence spécialisés dans des domaines associés à la lutte anti‑EEI, notamment le centre d'excellence pour le génie militaire à Inglostadt (Allemagne), le centre d'excellence pour la défense contre le terrorisme à Ankara (Turquie), le centre d'excellence pour la médecine militaire à Budapest (Hongrie) et le centre d'excellence pour le renseignement humain à Oradea (Roumanie).