AWACS : les yeux de l'OTAN dans le ciel

  • Mis à jour le: 12 Aug. 2014 10:04

L'OTAN exploite une flotte de Boeing E 3A Sentry (« sentinelle ») dotés d’un système aéroporté de détection et de contrôle (AWACS) qui apporte à l'Alliance une capacité aéroportée immédiatement disponible de commandement et de contrôle (C2), de surveillance aérienne et maritime, et de gestion de l'espace de bataille. La base aérienne de l'OTAN de Geilenkirchen (Allemagne) abrite 17 avions AWACS.

L’E‑3A de l’OTAN est un Boeing 707 modifié et équipé de capteurs passifs et d’un radar à longue portée capables de détecter des contacts aériens et au sol sur de longues distances. Les informations collectées par les AWACS peuvent être transmises directement de l'avion aux autres utilisateurs, qu’ils se trouvent à terre, en mer ou dans les airs.

La Force aéroportée de détection lointaine et de contrôle de l'OTAN (Force NAEW&C) est l’un des rares moyens militaires appartenant effectivement à l'OTAN et exploités par elle. Ce projet en collaboration – le plus important de l'Alliance – témoigne de ce que des membres de l'OTAN peuvent réaliser en mutualisant leurs ressources et en travaillant ensemble dans un cadre réellement multinational.

  • Rôle et responsabilités

    La Force NAEW&C a, au sein de l’Alliance, un rôle unique et précieux ; en effet, elle mène un large éventail de missions, qu’il s’agisse de police de l'air, de soutien aux activités de lutte contre le terrorisme, de gestion des conséquences, d’opérations d'évacuation des non‑combattants, d’embargo, d’entrée initiale, d’opérations de réponse aux crises ou d’opérations de forces d’avertissement.

    Ces dernières années, la Force a été déployée pour des missions tactiques de plus en plus complexes et exigeantes, notamment pour les missions suivantes :

    • soutien des opérations maritimes ;
    • appui aérien rapproché ;
    • gestion de l'espace aérien ;
    • recherche et sauvetage au combat (RESCO) ;
    • secours en cas de catastrophe ;
    • lutte contre la piraterie.

    Un outil déterminant pour la gestion de crise

    Depuis 1982, année qui a marqué le début de ses opérations, la Force NAEW&C n’a cessé de démontrer qu’elle constitue un outil précieux pour la gestion de crise et les opérations de soutien de la paix.

    À la suite de l'invasion du Koweït par l'Iraq en 1990, des avions de la composante E‑3A de l'OTAN (rattachés à la base aérienne de l'OTAN de Geilenkirchen) ont été déployés dans l'est de la Turquie afin de contribuer au renforcement du flanc sud de l'Alliance pendant la guerre. Le but de l'opération Anchor Guard était, entre autres, d’assurer la surveillance du trafic aérien et maritime en Méditerranée orientale et la surveillance aérienne le long de la frontière entre l'Iraq et la Turquie. Cette mission a été menée d'août 1990 à mars 1991.

    Pendant la majeure partie des années 1990, les flottes AEW&C de l'OTAN et du Royaume‑Uni ont effectué de très nombreux vols dans les Balkans, dans le cadre des opérations Deliberate Force et Allied Force, pour appuyer la mise en œuvre des résolutions des Nations Unies ainsi que les missions menées par l'Alliance en Bosnie‑Herzégovine et au Kosovo. Des AWACS de l'armée de l'air française et de l’armée de l’air des États‑Unis ont également contribué à réaliser les objectifs assignés dans le cadre de ces missions.

    Début 2001, la Force a également soutenu le déploiement défensif de l'OTAN dans le sud‑est de la Turquie au cours de l'opération Display Deterrence.

    Au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États‑Unis, des avions E‑3A de l'OTAN ont été déployés au‑dessus du territoire des États‑Unis, dans le cadre de l'opération Eagle Assist, afin de contribuer à la défense de l'Amérique du Nord contre toute nouvelle attaque. Cette opération a fait date dans l'histoire de l'Alliance car elle marquait le premier déploiement de moyens de l'OTAN en soutien de la défense de l'un des États membres.

    Depuis 2007, la Force NAEW&C apporte un soutien précieux aux activités de lutte contre le terrorisme en Méditerranée, dans le cadre de l'opération Active Endeavour, et elle a apporté son concours lors de nombreux autres événements à haute visibilité.

    Depuis janvier 2011, un appareil de la base aérienne de l'OTAN à Geilenkirchen a été déployé en Afghanistan pour apporter un soutien à la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) en assurant la surveillance aérienne dans le cadre de l'opération Afghan Assist. Pendant l’opération Unified Protector, la Force NAEW&C a également eu une fonction cruciale : assurer le commandement et le contrôle de tous les moyens aériens de l’Alliance en opération au‑dessus de la Libye. Sa mission consistait, entre autres, à donner des ordres tactiques en temps réel et à attribuer des tâches aux avions de chasse, aux avions de surveillance et de reconnaissance, aux avions de ravitaillement en vol ou aux véhicules aériens sans pilote (UAV) de l'OTAN. Les E‑3A de l’OTAN ont également apporté un soutien aux navires et aux sous‑marins alliés chargés de faire respecter l'embargo maritime sur les armes décrété à l'encontre de la Libye, en offrant une capacité de surveillance maritime aérienne.

    Protection des populations des pays membres de l'OTAN

    Depuis les attentats du 11‑Septembre, les gouvernements des pays alliés peuvent demander à bénéficier de la capacité de surveillance et de contrôle aériens offerte par la Force NAEW&C afin de mieux sécuriser les grands rassemblements publics. Ce fut le cas pour des événements très médiatiques comme les Jeux olympiques d'été de 2004 en Grèce, la Coupe du monde de football de 2006 en Allemagne, le Championnat d'Europe de football de 2012 en Pologne, ainsi que lors de grands rendez‑vous internationaux, comme la cérémonie de remise des prix Nobel 2010 en Suède et la succession au trône des Pays‑Bas à Amsterdam en 2013. En outre, les flottes NAEW&C assurent aussi un soutien aérien lors des sommets de l'OTAN.

  • Fonctionnement

    La principale caractéristique de l'Organisation de gestion du programme du système aéroporté de détection lointaine et de contrôle de l'OTAN (NAPMO) est la coopération multinationale. Actuellement, les 16 pays membres à part entière de la NAPMO sont les suivants : Belgique, République tchèque, Danemark, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Luxembourg, Pays‑Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Espagne, Turquie et États‑Unis.

    La participation du Royaume‑Uni en tant que membre de la NAPMO est limitée, mais sa flotte d'E‑3D fait partie intégrante de la Force NAEW&C. La France a un rôle d'observateur et maintient une coordination permanente afin de s'assurer que sa flotte d'E‑3F reste interopérable avec les autres flottes d'E‑3. De plus, elle participe souvent à des opérations coordonnées avec la Force NAEW&C.

    Le QG du Commandement de la Force NAEW&C, coïmplanté avec le Grand quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE) à Mons (Belgique), assure le contrôle opérationnel de la Force, qui comprend deux composantes opérationnelles :

    • la composante E‑3A, rattachée à la base aérienne de l'OTAN de Geilenkirchen, qui exploite les 17 E‑3A appartenant à l'OTAN (les escadrons se composent d'équipages internationaux intégrés provenant de 15 pays) ;
    • la composante E‑3D, rattachée à la base de la RAF de Waddington (Royaume‑Uni), qui exploite six Boeing E‑3D (l'effectif se compose exclusivement de personnel de la RAF).

    La Force dispose également de trois bases d'opérations avancées, à Konya (Turquie), à Aktion (Grèce) et à Trapani (Italie), et d’un emplacement d'opérations avancé, à Oerland (Norvège).

    La gestion quotidienne du programme AWACS, en ce compris l'exécution des projets de modernisation, est assurée par l'Agence de gestion du programme NAEW&C (NAPMA), établie à Brunssum (Pays‑Bas). Le personnel de l'Agence se compose d'officiers détachés et d'administrateurs civils provenant des pays participants. En 2011, le directeur général de la NAPMA a été désigné, par les pays membres de la NAPMO, autorité responsable de la navigabilité technique pour l'ensemble de la flotte E‑3A. Avec l'appui d'un bureau technique spécialisé, il est coresponsable de la certification de navigabilité aux côtés du commandant de la Force NAEW&C, qui est quant à lui responsable de l'exploitation et du soutien de la flotte.

    Comment fonctionne la Force NAEW&C

    Les AWACS font tous continuellement l’objet de modifications pour leur modernisation ainsi que pour les opérations et le soutien. L'équipage standard d'un E‑3A modifié suivant les spécifications du programme OTAN de modernisation à mi‑vie (NMT) compte 16 personnes, alors que celui d’un E‑3D d'origine en compte 18. Quelle que soit la version, l'équipage navigant et l'équipage de mission sont constitués de femmes et d'hommes très bien entraînés dont les compétences couvrent tous les domaines des opérations de vol, notamment la gestion de l'espace de bataille, la conduite de tir, la surveillance, la gestion des liaisons de données et les aspects techniques des télécommunications, des systèmes de données et des radars de mission.

    Dans des conditions normales, cet avion peut voler pendant environ huit heures (et davantage avec un ravitaillement en vol) à une altitude de 30 000 pieds (9 150 mètres).

    Les capteurs actifs de surveillance sont logés dans le rotodôme, qui rend les E‑3A de l'OTAN si reconnaissables. Cette structure effectue une rotation complète toutes les dix secondes, ce qui confère à ces E‑3A une couverture radar à 360 degrés leur permettant de détecter des aéronefs distants de plus de 215 milles marins (400 km).

    Un avion volant à une altitude de 30 000 pieds peut assurer la surveillance d'une zone de plus de 300 000 km², et trois avions dont les orbites coordonnées se chevauchent peuvent couvrir l'Europe centrale dans son intégralité.

    L’E‑3A peut assurer l'identification et la poursuite radar des aéronefs potentiellement hostiles opérant à basse altitude et assurer le contrôle pour les avions de chasse alliés. Simultanément, des systèmes peuvent identifier et suivre des contacts maritimes, et contribuer à assurer la coordination des forces de surface de l'Alliance.

  • Évolution

    Dans les années 1960, il est apparu clairement que, même en volant à très haute altitude, les avions militaires ne pouvaient plus échapper aux missiles sol-air. Pour survivre dans un environnement de défense aérienne de plus en plus létal, ces avions ont été contraints de voler pratiquement au ras des arbres. Dans les années 1970, le besoin de détecter les avions de combat très rapides, dotés d'une capacité de pénétration à basse altitude, a conduit à compléter le réseau de radars terrestres de l'OTAN par des moyens nouveaux et efficaces.

    Les autorités militaires de l'OTAN ont déterminé qu'une capacité de détection lointaine aéroportée permettrait de relever ce défi. Pour satisfaire au besoin opérationnel établi, le système de détection lointaine aéroportée de l'OTAN devait être capable de détecter de loin des avions intrus très rapides à faible surface équivalente radar. Compte tenu des régions dans lesquelles l'appareil serait utilisé, le système devait également être capable de détecter des cibles maritimes de surface. Aux yeux des planificateurs OTAN, la mobilité et la souplesse inhérentes au système, surtout pour la fonction « contrôle », prédisposaient également celui-ci à doter les commandants des forces aériennes, maritimes et terrestres d'une capacité de commandement et de contrôle (C2) renforcée. La création d'une Force NAEW visait donc à apporter une contribution significative au dispositif de dissuasion de l'Alliance.

    En décembre 1978, le Comité des plans de défense de l'OTAN a approuvé l'acquisition commune de 18 appareils basés sur le système aéroporté de détection et de contrôle (AWACS) de l'US Air Force, destinés à être exploités en tant que système aérien de détection lointaine et de contrôle appartenant à l'Alliance. Outre les 18 E-3A livrés entre février 1982 et mai 1985, le programme NAEW&C prévoyait la modernisation de 40 stations de l'infrastructure électronique de la défense aérienne de l'OTAN (NADGE), et l'établissement d'une base d'opérations principale à Geilenkirchen (Allemagne) ainsi que de trois bases d'opérations avancées et d'un emplacement d'opérations avancé.

  • Transformation

    Initialement conçu comme une plate‑forme radar aérienne, l'E‑3A a constamment évolué afin de s'adapter aux réalités des mutations géopolitiques et de la nouvelle mission de l'OTAN au cours des trente dernières années. En mettant l'accent sur l'aspect contrôle de l'AEW&C, l'E‑3A est devenu une composante essentielle de la gestion du combat aérien, et il conserve toute sa pertinence opérationnelle à travers les programmes de modernisation successifs qui intègrent les derniers développements en matière d'ingénierie et de fabrication. Dans le cadre du programme d'acquisition NAEW&C initial, et ensuite du programme à court terme, puis du programme à moyen terme, les pays membres de la NAPMO ont, ensemble, dépensé/engagé pour les acquisitions et le suivi logistique, plus de 6,8 milliards de dollars – ce qui est prohibitif pour un seul pays, mais réalisable avec la contribution collective des pays de la NAPMO.

    Aujourd'hui, l'OTAN va de l'avant avec une méthode nouvelle, plus performante, de planification et de conduite des opérations. Pour soutenir le processus dynamique de transformation de l'OTAN, la NAPMO est déterminée à adopter de nouvelles approches et à entrer dans des programmes en coopération. L'objectif est d'accélérer la mise en service de capacités opérationnelles en réponse aux besoins émergents, à un coût tenant compte des réalités économiques d'aujourd'hui. Dans cette optique, des efforts ont été entrepris pour la phase suivante des améliorations à apporter à la Force NAEW&C, devant permettre à celle‑ci de remplir sa mission opérationnelle pour longtemps encore.

    Les futurs programmes de modernisation, qui doivent être menés à bien d'ici à 2018, visent principalement à améliorer le système d'identification (mode 5/mode S amélioré), et à remplacer l'instrumentation analogique du cockpit par une instrumentation numérique moderne (couramment dénommée « cockpit tout écran »). En outre, des systèmes de communication utilisant un protocole Internet (IP) sont actuellement mis au point et employés opérationnellement à l'appui des transmissions de textes avec d'autres moyens de commandement et de contrôle (C2).

    Les autorités militaires de l'OTAN examinent actuellement la possibilité d'apporter de nouvelles améliorations après 2018, ce qui pourrait aboutir à un nouveau programme de modernisation.

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