Des avions de chasse protègent l’espace aérien des États baltes

  • Mis à jour le: 28 Mar. 2012 18:24

28 mars 2012, 08h58, la sirène retentit sur la base aérienne de Tampere en Finlande. Quatre minutes plus tard, deux avions de chasse F 18 Hornet de l’armée de l’air finlandaise prennent leur envol. Leur mission : intercepter un aéronef qui n’est pas en conformité avec la réglementation du trafic aérien international. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, la surveillance de l’espace aérien européen est un sujet sensible pour les États membres de l’Alliance et leurs partenaires.

« Un aéronef non identifié vient de pénétrer dans l’espace aérien finlandais. Il n’est pas entré en communication conformément aux normes internationales. Je vais donc aller là haut vérifier ce qui se passe », déclare le lieutenant K. Mikko, pilote de chasse aux commandes d’un F 18 Hornet de l’armée de l’air finlandaise.

Sa mission : s’assurer de l’identité de l’aéronef au comportement inhabituel et l’intercepter en conformité avec les mesures de sécurité aérienne. Tels sont les ordres qu’il a reçus de son centre national d’opérations aériennes de Tampere (Finlande). Aujourd’hui, il ne s’agit que d’une simulation.

Depuis 2008, le QG du Commandement des forces aériennes alliées à Ramstein (Allemagne) organise ces exercices dans la région balte pour permettre aux équipages et au personnel au sol des pays de l’Alliance de mettre en pratique leurs techniques de surveillance aérienne. La séance d’entraînement du jour mobilise des moyens aériens de l’OTAN deux intercepteurs F 4F allemands et un avion de transport C 27 lituanien et deux chasseurs F 18 mis à disposition par la Finlande, État membre du Partenariat pour la paix instauré par l’Alliance en 1994. C’est la première fois que la Finlande prend part à cet exercice. La veille, le 27 mars, un chasseur JAS Gripen de l’armée de l’air suédoise avait participé au même type de scénario.

L’aéronef au comportement douteux est répéré par le contrôleur en poste au centre d’opérations aériennes finlandais. Dès que l’aéronef s’approche de l’espace aérien des pays de l’Alliance, le contrôleur prévient ses homologues du centre multinational d’opérations aériennes de l’OTAN à Uedem (Allemagne).

« Le centre finlandais m’a signalé que l’aéronef, un avion de transport C 27, a perdu le contact radio avec les autorités de l’aviation civile, s’est écarté de son plan de vol et se déplace actuellement en direction de l’espace aérien de l’Alliance », indique le lieutenant colonel P. Frank, contrôleur de permanence à Uedem.

Un rôle essentiel pour les centres d’opérations aériennes


Copyright: CAOC Uedem

Dès les premiers instants l’avion suspect est l’objet de toutes les attentions. Les échanges d’informations de vol et de données radar sont rapides, précis et exhaustifs. Les opérateurs communiquent en anglais. Les procédures minutieusement élaborées sont appliquées à la lettre. Les centres d’opérations aériennes au sol sont tous reliés à un système radar de pointe qui leur permet de surveiller l’espace aérien 24h/24, 365 jours par an. Ils font partie du système OTAN de défense aérienne intégrée (NATINADS), en place depuis plus de 50 ans.

« Notre mission est d’assurer la sécurité et la sûreté de l’espace aérien. Nous devons limiter au maximum les infractions aux règles de l’Organisation de l’aviation civile internationale, porter assistance aux aéronefs en difficulté et identifier, contrôler, surveiller ou intercepter les aéronefs », ajoute le contrôleur d’Uedem.

Pour l’OTAN la police du ciel est une mission collective du temps de paix. Elle requiert un système de surveillance et de contrôle aériens ainsi que des avions d’interception qui doivent rester en état d’alerte permanent.

Le personnel du centre de détection et de contrôle (CDC) balte de Karmelava (Lituanie) se compose d’opérateurs estoniens, lettons et lituaniens. « La plupart du temps, l’intervention est déclenchée suite à une perte de contact radio. L’entraînement qui se pratique ici vise à améliorer l’interopérabilité des forces aériennes de l’OTAN et à s’exercer à la mise en application des procédures spéciales de police du ciel », déclare le lieutenant K. Tonis, contrôleur aérien à Karmelava.

Les avions de chasse interceptent l’aéronef suspect

Entretemps, l’exercice se poursuit : les avions de chasse finlandais arrivent rapidement à la hauteur de l’aéronef avec lequel on a perdu le contact radio. L’interception s’effectue conformément aux procédures très strictes prévues par l’OTAN et dans le respect des règles fixées par l’Organisation de l’aviation civile internationale.

Les chasseurs F 18 Hornet finlandais escortent l’avion lituanien pour le ramener dans l’espace aérien balte, où deux avions de chasse F 4F Phantom allemands prennent le relais. Le CDC balte guide ces chasseurs intercepteurs du détachement d’alerte de réaction rapide de l’OTAN alors qu’ils escortent l’avion de transport et l’aident à atterrir en toute sécurité à Šiauliai (Lituanie).

Tout à coup, un des avions de chasse de l’OTAN signale une avarie, prévue pour les besoins de l’exercice de simulation. Après avoir largué ses munitions dans un endroit sûr, le pilote doit s’éjecter de l’appareil. Une fois au sol, il utilise des fusées éclairantes pour signaler sa position adin d’être récupéré par un hélicoptère de recherche et de sauvetage estonien. Ce scénario sert à passer en revue toutes les procédures de coordination entre les divers organismes nationaux qui doivent intervenir afin que la récupération de l’équipage se déroule de manière efficace et en toute sécurité.

La séance d’entraînement du jour touche à sa fin. L’incident est clos. L’exercice s’est déroulé comme prévu et les opérateurs ont pu faire la preuve de leurs compétences techniques.

« Cette onzième édition de l’exercice BRTE (Baltic Region Training Event) a été la seconde à se dérouler avec la participation d’États membres du Partenariat pour la paix », déclare le colonel T. Lone, chef de service à la Division Opérations du QG du Commandement des forces aériennes alliées à Ramstein. « L’exercice BRTE représente une occasion exceptionnelle de former nos pilotes et nos contrôleurs qui, une fois de plus, ont prouvé qu’ils appliquent la « défense intelligente » au quotidien. De plus, la possibilité pour des pays comme la Finlande et la Suède de s’exercer avec nous aux procédures de police du ciel est un plus pour tous les participants et renforce la fiabilité de ces procédures en cas de mission réelle ».

La police du ciel – un dispositif de sécurité collective qui protège les États baltes et d’autres membres de l’Alliance

La protection de l’intégrité de l’espace aérien de l’Alliance est une question de défense collective et de solidarité. Face à l’insuffisance des moyens dont les États baltes disposent pour surveiller leur espace aérien, les autres États membres de l’OTAN se relayent depuis 2004 pour y mener à bien la mission de police du ciel. C’est la base de l’armée de l’air lituanienne à Šiauliai, dans le nord du pays, qui abrite les détachements OTAN de police du ciel dans les États baltes.

Prenant le relais du Danemark, l’Allemagne a déployé ses Phantom à Šiauliai au début du mois de janvier 2012. L’armée de l’air allemande achèvera son mandat le 27 avril, date à laquelle la Pologne enverra un nouveau détachement.

Le 8 février 2012, le Conseil de l’Atlantique Nord a décidé de poursuivre la mission de police du ciel dans les États baltes et de passer en revue périodiquement les besoins et les activités. En parallèle, on étudie les moyens de renforcer la contribution des États baltes eux mêmes à cette mission.

Outre les pays baltes, d’autres membres de l’OTAN font appel à la solidarité de l’Alliance pour assurer leur défense aérienne. L’armée de l’air belge veille ainsi à l’intégrité de l’espace aérien du Luxembourg. Dans le même temps, plusieurs États membres déploient des avions de chasse à tour de rôle pour protéger l’Islande, tandis que l’Albanie et la Slovénie dépendent des moyens de l’armée de l’air italienne pour assurer en permanence leur défense aérienne.

La police du ciel – un exemple concret de défense intelligente

La mission de police du ciel dans les États baltes illustre comment l’Alliance peut partager et mutualiser des capacités existantes. De plus, certains pays sont actuellement confrontés au vieillissement de leurs matériels aériens, et notamment de leurs avions de chasse, qui devront être remplacés. La coopération multinationale peut offrir une solution à ce problème, particulièrement en ces temps de vaches maigres.

« Des accords multinationaux au niveau régional sont envisageables, tout comme une coopération en matière d’acquisition, d’exploitation et de maintenance des avions de chasse, voire la mise en place d’unités multinationales pour des missions du type police du ciel », conclut Ludwig Decamps, chef de l’équipe responsable de la défense intelligente à l’OTAN.