Capacité alliée de surveillance terrestre (AGS)

  • Mis à jour le: 26 Aug. 2014 11:38

L’OTAN fait actuellement l’acquisition de la capacité alliée de surveillance terrestre (AGS), un système qui donnera aux commandants de l’Alliance une image globale de la situation sur le terrain. L'opération de l'OTAN destinée à protéger les civils en Libye a montré à quel point une telle capacité était importante. L'acquisition, par un groupe d'Alliés, de cinq drones (aéronefs pilotés à distance) Global Hawk et des stations C2 (commandement et contrôle) associées qui caractérisent le système AGS est en cours. L'OTAN en assurera ensuite le fonctionnement et la maintenance au nom des 28 Alliés.

Quinze Alliés (Bulgarie, République tchèque, Danemark, Estonie, Allemagne, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et États‑Unis) procèdent à l'acquisition du système AGS, qui sera mis à la disposition de l'Alliance en 2017‑2018. Tous les Alliés contribueront au développement de l'AGS, sous la forme de contributions financières couvrant la mise en place de la base d'opérations principale de l'AGS, ainsi qu'aux communications et au soutien tout au long du cycle de vie de la flotte AGS. Certains Alliés remplaceront une partie de leur contribution financière par des « contributions en nature » (c'est‑à‑dire qu'ils mettront des systèmes nationaux de surveillance à la disposition de l'OTAN).

La capacité centrale de l'AGS, appartenant à l’OTAN et exploitée par elle, permettra à l’Alliance d’assurer en permanence la surveillance de zones étendues au moyen d'aéronefs de type HALE (haute altitude, longue endurance) opérant à des distances de sécurité considérables, par tous les temps et dans toutes les conditions de luminosité. À l’aide de capteurs radar avancés, ces systèmes assureront une détection et un suivi permanents des objets en mouvement dans l’ensemble des zones observées, et fourniront des images radar des zones d'intérêt et des objets fixes.

Le centre d'opérations principal de l'AGS sera implanté sur la base aérienne de Sigonella (Italie), qui servira un double objectif : base OTAN de déploiement JISR (renseignement, surveillance et reconnaissance interarmées) et centre d'exploitation de données et de formation.

Tout comme les aéronefs du système aéroporté de détection lointaine et de contrôle de l'OTAN (NAEW&CS) – les AWACS – surveillent l’espace aérien de l’Alliance, l'AGS aura la capacité d'observer ce qui se passe sur le terrain, permettant ainsi une connaissance de la situation avant, pendant et, si nécessaire, après les opérations de l'OTAN.

L'AGS répond à l'un des principaux engagements capacitaires pris au sommet de Lisbonne.

  • Composantes

    La capacité centrale de l'AGS représentera un système intégré composé d’un segment air, d’un segment sol et d’un segment soutien.

    Le segment air comprend cinq drones Global Hawk RQ‑4B Block 40. Les aéronefs seront équipés du radar de surveillance terrestre de pointe issu du programme d'insertion de la technologie radar à plates‑formes multiples (MP‑RTIP), ainsi que d'un vaste ensemble de liaisons de données large bande et longue portée, en visibilité directe et transhorizon. Le segment air englobera également les stations de pilotage à distance des drones.

    Le segment sol assurera une interface entre le système central de l'AGS et une large gamme de systèmes C2ISR (commandement et contrôle, renseignement, surveillance et reconnaissance), permettant ainsi de relier de multiples utilisateurs opérationnels déployés et non déployés, et éloignés de la zone de surveillance, notamment par des liaisons avec les moyens de l’arrière, et de fournir des données à ces mêmes utilisateurs.

    La composante du segment sol comportera un certain nombre de stations au sol en diverses configurations (notamment mobiles et transportables) offrant des moyens d'interconnexion des liaisons de données, de traitement et d'exploitation des informations, ainsi que des interfaces pour l'interopérabilité avec les systèmes C2ISR.

    Le segment sol de la capacité centrale de l'AGS comportera également des installations spécifiques pour le soutien des missions sur la base d’opérations principale de l'AGS à Sigonella (Italie).

    Les systèmes de surveillance supplémentaires fournis par la France et le Royaume‑Uni au titre de contributions en nature constitueront des capacités d'appoint pour l'AGS.

    Grâce à la composante centrale de l'AGS et à ces contributions en nature, l’OTAN bénéficiera d’une souplesse considérable dans l’emploi de ses moyens de surveillance terrestre.

    L'ensemble sera complété par d'autres systèmes nationaux aéroportés interopérables de surveillance que possèdent les pays membres de l'OTAN, systèmes adaptés aux besoins d'une opération ou d'une mission spécifique menée par l'Alliance.

  • Mécanismes

    L'Organisation OTAN de gestion de l'AGS (NAGSMO) est chargée de l’acquisition de la capacité centrale de l'AGS au nom des 15 pays participants. Le Bureau de mise en œuvre de l'AGS, situé au quartier général du Commandement allié Opérations (SHAPE), veille au bon déroulement de l’intégration opérationnelle et au bon emploi de la capacité centrale de l'AGS de l’OTAN.

    L’Agence OTAN de gestion de l'AGS (NAGSMA) qui représente les 15 pays participant au programme d'acquisition de l'AGS, a attribué le contrat principal du système à la société Northrop Grumman en mai 2012 lors du sommet de Chicago. Northrop Grumman a commencé la production du premier drone de l'AGS. L'équipe industrielle principale de la compagnie comprend Airbus Defence and Space (Allemagne), Selex ES (Italie) et Kongsberg (Norway), ainsi que de grandes entreprises du secteur de la défense de la totalité des 15 pays participants, dont les industries contribuent ainsi à la livraison du système AGS.

    L'engagement de fonds communs OTAN pour l'infrastructure, les communications, l'exploitation et le soutien respectera les procédures normales d'autorisation de financement en vigueur au sein de l'Alliance.

    Lorsque l'AGS deviendra pleinement opérationnel, en 2018, la France et le Royaume‑Uni signeront avec le commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) un mémorandum d'entente (MOU) définissant les modalités de mise à disposition de leurs contributions en nature au profit de l'Alliance.

  • Soutien aux tâches fondamentales de l’OTAN

    Le sommet de Lisbonne a exposé la vision des chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Alliance pour l'évolution de l'OTAN et la sécurité de ses pays membres. Cette vision est basée sur trois tâches fondamentales, détaillées dans le nouveau concept stratégique :

    • la défense collective ;
    • la gestion de crise ;
    • la sécurité coopérative.

    L'AGS a été reconnu à Lisbonne comme une capacité critique pour l'Alliance, et devrait contribuer grandement à l'ambition de l'OTAN en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance interarmées (JISR).

    L'AGS contribuera à ces trois tâches fondamentales grâce aux informations que recueilleront ses capteurs radar MP‑RTIP et qui donneront aux décideurs politiques et militaires une image complète de la situation sur le terrain.

  • Faits et chiffres

    Caractéristiques générales du drone RQ‑4B Global Hawk Block 40 :

    • Fonction principale : renseignement, surveillance et reconnaissance « haute altitude, longue endurance »
    • Groupe moteur : réacteur à double flux Rolls Royce‑North American AE 3007H
    • Poussée : 7 600 livres/3 447 kilogrammes
    • Envergure : 39,8 mètres/130,9 pieds
    • Longueur : 14,5 mètres/47,6 pieds
    • Hauteur : 4,7 mètres/15,3 pieds
    • Poids : 6 781 kilogrammes/14 950 livres
    • Poids maximal au décollage : 14 628 kilogrammes/32 250 livres
    • Capacité en carburant : 7 847 kilogrammes/17 300 livres
    • Charge utile : 1 360 kilogrammes/3 000 livres
    • rapidité d'action : 575 km/h/310 nœuds/357 mi/h
    • Rayon d'action : 16 113 kilomètres/8 700 milles nautiques/10 112 miles
    • Plafond : 18 288 mètres/60 000 pieds
  • Évolution

    Émanant du Comité des plans de défense en 1992, le programme AGS était présenté comme un effort d'acquisition de capacités en 1995, lorsque les ministres de la Défense des pays de l'OTAN sont convenus que « l'Alliance devait poursuivre les travaux visant à se doter d'une capacité centrale minimale essentielle appartenant à l'OTAN et exploitée par elle, complétée par des moyens nationaux interopérables ».

    Le programme AGS devait fournir à l'OTAN une capacité de surveillance terrestre complète et intégrée, qui offrirait à l'Alliance et à ses pays membres un accès sans restriction et sans filtrage aux données de surveillance terrestre en temps quasi réel et de manière interopérable. Il devait inclure un segment air comprenant des capteurs radar aéroportés et un segment sol composé de stations terrestres fixes, transportables et mobiles pour l'exploitation et la diffusion de données, tous ces éléments devant être interconnectés harmonieusement par des liaisons de données hautement performantes.

    Dès le départ, la capacité AGS devait être basée sur un ou plusieurs types de moyens de surveillance terrestre déjà existants ou en développement dans les pays membres de l'OTAN, approche qui par la suite devait également inclure des propositions de systèmes en développement basés sur des radars américains ou européens. Cependant, aucune de ces approches n'a obtenu un appui suffisant des Alliés pour être mise en œuvre. En 2001, le Conseil de l'Atlantique Nord (renforcé par des experts) a décidé de redynamiser l'AGS, par un programme de développement accessible à tous les pays de l'OTAN et par le développement parallèle du TCAR (radar AGS développé en coopération transatlantique).

    En 2004, l'OTAN a décidé d'appliquer l'approche dite de « flotte mixte ». Le segment air devait inclure des avions pilotés, à savoir des Airbus A321, et un véhicule aérien sans pilote (UAV) – le Global Hawk – tous embarquant des versions du radar TCAR, tandis que le segment sol devait se composer d'un vaste ensemble de stations terrestres fixes et déployables.

    En raison d'une compression des budgets de défense européens, l'OTAN a décidé en 2007 d'abandonner l'approche de la flotte mixte, et d'adopter à la place un système AGS simplifié, dans lequel le segment air était basé sur le drone Global Hawk Block 40 du commerce et sur le radar MP‑RTIP qui lui est associé. Le segment sol, qui serait en grande partie développé et mis en place par l'industrie européenne et canadienne, était pratiquement inchangé, ses caractéristiques fonctionnelles et opérationnelles étant globalement indépendantes de l'aéronef et du capteur effectivement utilisés.

    En février 2009, les Alliés participant au programme AGS ont entamé le processus de signature du mémorandum d’entente du programme. Il s’agit d’une étape importante dans la concrétisation d’une capacité essentielle sur le plan des opérations, et dont l’OTAN a un besoin urgent. La NAGSMA a été créée en septembre 2009, après que tous les pays participants eurent approuvé le mémorandum d’entente cadre, qui sert de référence pour l’acquisition de cette nouvelle capacité de l’OTAN.

    Une autre étape importante pour le programme AGS a été le sommet de Lisbonne en 2010, où le besoin opérationnel important d'une capacité AGS appartenant à l'OTAN et exploitée par elle a été reconfirmé dans le concept stratégique adopté la même année par l'Alliance. L'AGS figurait également dans le paquet de Lisbonne comme l'un des besoins capacitaires les plus urgents de l'Alliance.

    Le 3 février 2012, le Conseil de l'Atlantique Nord a décidé d'une ligne d'action pour la prise en charge collective des coûts de l'exploitation de l'AGS au profit de l'Alliance. La décision de recourir à un financement commun OTAN pour l'infrastructure, les communications par satellite, l'exploitation et le soutien ouvre la voie à la conclusion du contrat d'acquisition de l'AGS. En outre, un accord a été trouvé pour que le système Sentinel du Royaume‑Uni et le futur système Heron‑TP de la France soient mis à disposition comme contributions nationales en nature qui remplaceront partiellement l'apport financier de ces deux Alliés.