Capacité alliée de surveillance terrestre (AGS)

  • Mis à jour le: 05 Jul. 2016 11:59

L’OTAN fait actuellement l’acquisition d’un système nommé « capacité alliée de surveillance terrestre (AGS) », qui donnera aux commandants de l’Alliance une image globale de la situation sur le terrain. Les opérations de l’OTAN destinées à protéger les civils, passées comme en cours, montrent à quel point une telle capacité est importante. L’acquisition, par un groupe d’Alliés, de cinq drones Global Hawk et des stations sol, partie intégrante de l’AGS qui permettent de commander et de contrôler ces aéronefs pilotés à distance, est en cours. L’OTAN en assurera ensuite le fonctionnement et la maintenance pour le compte des 28 Alliés.


 Points princiaux

  • Le système AGS est composé de segments air, sol et soutien ; il est opérationnel par tous les temps et permet d’assurer la surveillance terrestre et maritime de zones étendues, en permanence et en temps quasi réel.
  • L’AGS aura la capacité de contribuer à toute une gamme de missions, telles que la protection des troupes au sol et des populations civiles, le contrôle des frontières et la sécurité maritime, la lutte contre le terrorisme, la gestion de crise ou encore l’aide humanitaire lors de catastrophes naturelles.
  • Le système AGS englobe en outre des moyens terrestres mis à disposition par des pays européens pour apporter un soutien sur le terrain aux commandants des forces déployées.
  • Quinze Alliés procèdent en ce moment à l’acquisition du système AGS, qui sera mis à la disposition de l’Alliance en 2017‑2018.

Pour en savoir plus

  • Généralités

    Quinze Alliés (Bulgarie, République tchèque, Danemark, Estonie, Allemagne, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et États‑Unis) procèdent en ce moment à l'acquisition du système AGS, qui sera mis à la disposition de l'Alliance à l’horizon 2017‑2018. Tous les Alliés participeront au développement de la capacité alliée de surveillance terrestre, sous la forme de contributions financières couvrant la mise en place de la base de stationnement principale de l'AGS, ainsi qu'aux segments communications et soutien en service de la flotte AGS. Certains Alliés remplaceront une partie de leur apport financier par des contributions en nature portant sur des capacités interopérables (c'est à dire qu'ils mettront des systèmes nationaux de surveillance à la disposition de l'OTAN).

    La capacité centrale de l'AGS, appartenant à l’OTAN et exploitée par elle, permettra à l’Alliance d’assurer en permanence la surveillance de zones étendues au moyen de drones de type HALE (haute altitude, longue endurance) opérant à des distances de sécurité considérables, par tous les temps et dans toutes les conditions de luminosité. Grâce à des capteurs radar avancés, ces systèmes seront en mesure de détecter et de suivre en continu des cibles mobiles dans l’ensemble des zones observées, et fourniront des images radar des zones d'intérêt et des objets fixes.

    La base de stationnement principale de l'AGS sera implantée sur la base aérienne de Sigonella (Italie), qui servira un double objectif : base OTAN pour le déploiement de moyens JISR (renseignement, surveillance et reconnaissance interarmées) et centre d'exploitation de données et de formation.

    Tout comme les aéronefs du système aéroporté de détection lointaine et de contrôle de l'OTAN (NAEW&CS) – les AWACS – surveillent l’espace aérien de l’Alliance, l'AGS aura la capacité d'observer ce qui se passe au sol, permettant ainsi d’avoir une connaissance de la situation avant, pendant et, si nécessaire, après les opérations de l'OTAN.

    L'AGS répond à l'un des principaux engagements capacitaires pris au sommet de Lisbonne, en 2010.

  • Composantes

    La capacité centrale de l'AGS sera un système intégré composé d’un segment air, d’un segment sol et d’un segment soutien.

    Le segment air comprendra cinq drones Global Hawk RQ‑4B Block 40 et leurs stations de contrôle. Les drones seront équipés d’un radar de surveillance terrestre de pointe, issu du programme d'insertion de la technologie radar à plates‑formes multiples (MP‑RTIP), ainsi que d'un vaste ensemble de liaisons de données à large bande et longue portée, en visibilité directe et transhorizon.

    Le segment sol assurera l'interface entre le système central de l'AGS et une large gamme de systèmes C2ISR (commandement et contrôle, renseignement, surveillance et reconnaissance), permettant d’établir des connexions avec de multiples éléments opérationnels déployés ou non, y compris des moyens de l’arrière éloignés de la zone de surveillance, et de leur fournir des données.

    Le segment sol comportera un certain nombre de stations au sol dans diverses configurations (notamment mobiles et transportables), qui offriront une connectivité grâce à des liaisons de données, des moyens de traitement et d'exploitation des données, ainsi que des interfaces pour l'interopérabilité avec les systèmes C2ISR.

    Le segment « soutien » de la capacité centrale de l'AGS englobera également des installations spécifiques pour le soutien des missions, établies sur la base de stationnement principale de l'AGS, à Sigonella (Italie).

    Des contributions en nature, telles que la mise à la disposition de l'OTAN de systèmes nationaux de surveillance et de données/communications, permettront de compléter l'AGS par des capacités interopérables de surveillance supplémentaires.

    La composante centrale de l'AGS et ces contributions en nature permettront à l’OTAN de bénéficier d’une souplesse considérable dans l’emploi de ses moyens de surveillance terrestre.

    L'ensemble sera complété par d'autres systèmes nationaux aéroportés interopérables de surveillance que les pays membres mettront à la disposition de l’Alliance en fonction des besoins d'une opération ou d'une mission spécifique.

  • Mécanismes

    L'Organisation OTAN de gestion de l'AGS (NAGSMO) et l'Agence OTAN de gestion de l'AGS (NAGSMA), son organe exécutif, sont chargées de l’acquisition de la capacité centrale de l'AGS au nom des 15 pays participants. La Force AGS de l'OTAN (NAGSF), activée en septembre 2015, avec son Bureau Élément d'état‑major et mise en œuvre de l'AGS (AGS SEIO), situé au quartier général du Commandement allié Opérations (SHAPE), et son équipe AGS avancée sur site (ADVON), située à Sigonella, veille au bon déroulement de l’intégration opérationnelle et au bon emploi de la capacité centrale de l'AGS de l’OTAN.

    Lors du sommet de Chicago, en mai 2012, la NAGSMA, qui représente les 15 pays participant au programme d'acquisition de l'AGS, a attribué le contrat principal du système à la société Northrop Grumman. Celle‑ci a établi des partenariats avec différents industriels, dont Airbus Defence and Space (Allemagne), Selex ES (Italie) et Kongsberg (Norvège), ainsi qu’avec de grandes entreprises du secteur de la défense de l'ensemble des pays acquéreurs, qui contribuent ainsi à la livraison du système AGS.

    L'engagement de fonds communs OTAN pour l'infrastructure, les communications, l'exploitation et le soutien s’effectue dans le respect des procédures normales d'autorisation de financement en vigueur au sein de l'Alliance.

    Lorsque l'AGS deviendra pleinement opérationnelle, en 2018, la France et le Royaume‑Uni signeront avec le commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) des mémorandums d'entente définissant les modalités de mise à disposition de leurs contributions en nature au profit de l'Alliance.

  • Soutien aux tâches fondamentales de l’OTAN

    Au sommet de Lisbonne, en 2010, les chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Alliance ont exposé leur vision pour l'évolution de l'OTAN et la sécurité de ses pays membres. Cette vision est basée sur trois tâches fondamentales, détaillées dans le nouveau concept stratégique de 2010 :

    • la défense collective
    • la gestion de crise
    • la sécurité coopérative.

    L'AGS a été reconnue à Lisbonne comme une capacité critique pour l'Alliance, et devrait contribuer grandement à l'ambition de l'OTAN en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance interarmées (JISR).

    L'AGS contribuera à ces trois tâches fondamentales grâce aux informations que recueilleront ses capteurs radar MP‑RTIP et qui donneront aux décideurs politiques et militaires une image complète de la situation sur le terrain.

  • Faits et chiffres

    Caractéristiques générales du drone RQ‑4B Global Hawk Block 40 :

    • Fonction principale : renseignement, surveillance et reconnaissance « haute altitude, longue endurance »
    • Groupe moteur : réacteur à double flux Rolls Royce‑North American AE 3007H
    • Poussée : 3 447 kilogrammes / 7 600 livres 
    • Envergure : 39,8 mètres / 130,9 pieds
    • Longueur : 14,5 mètres / 47,6 pieds
    • Hauteur : 4,7 mètres / 15,3 pieds
    • Poids : 6 781 kilogrammes / 14 950 livres
    • Poids maximal au décollage : 14 628 kilogrammes / 32 250 livres
    • Capacité en carburant : 7 847 kilogrammes / 17 300 livres
    • Charge utile : 1 360 kilogrammes / 3 000 livres
    • Vitesse : 575 km/h / 310 nœuds / 357 mi/h
    • Rayon d'action : 16 113 kilomètres / 8 700 milles nautiques / 10 112 miles
    • Plafond : 18 288 mètres / 60 000 pieds.
  • Évolution

    Le programme AGS, dont l’idée a été émise par le Comité des plans de défense en 1992, a débuté sous la forme d’une initiative d’acquisition de capacités en 1995, lorsque les ministres de la Défense des pays de l’OTAN sont convenus que « l’Alliance devait poursuivre les travaux visant à se doter d’une capacité centrale minimale essentielle appartenant à l’OTAN et exploitée par elle, complétée par des moyens nationaux interopérables ».

    Le programme AGS devait fournir à l’OTAN une capacité de surveillance terrestre complète et intégrée, qui offrirait à l’Alliance et à ses pays membres un accès sans restriction et sans filtrage aux données de surveillance terrestre en temps quasi réel et de manière interopérable. Il devait inclure un segment air comprenant des capteurs radar aéroportés et un segment sol composé de stations terrestres fixes, transportables et mobiles destinées à l’exploitation et à la diffusion de données, tous ces éléments devant être interconnectés de manière transparente par des liaisons de données à haute performance.

    Dès le départ, la capacité AGS devait être basée sur un ou plusieurs types de moyens de surveillance terrestre déjà existants ou en développement dans les pays membres de l’OTAN, approche qui par la suite devait également inclure des propositions de systèmes en développement basés sur des radars américains ou européens. Cependant, aucune de ces approches n’a obtenu un appui suffisant des Alliés pour être mise en œuvre. En 2001, le Conseil de l’Atlantique Nord (en session élargie) a décidé de redynamiser l’AGS, par un programme de développement accessible à tous les pays de l’OTAN et par le développement parallèle du TCAR (radar AGS développé en coopération transatlantique).

    En 2004, l’OTAN a décidé de passer à une approche dite de « flotte mixte ». Le segment air devait inclure des avions pilotés, à savoir des Airbus A321, et des drones Global Hawk, tous embarquant des versions du radar TCAR, tandis que le segment sol devait se composer d’un vaste ensemble de stations terrestres fixes et déployables.

    En raison d’une compression des budgets de défense européens, l’OTAN a décidé en 2007 d’abandonner cette approche de flotte mixte, et d’adopter plutôt un système AGS simplifié, dans lequel le segment air était basé sur le drone Global Hawk Block 40 standard et sur le radar MP‑RTIP qui lui est associé. Le segment sol, qui serait en grande partie développé et mis en place par l’industrie européenne et canadienne, était pratiquement inchangé, ses caractéristiques fonctionnelles et opérationnelles étant globalement indépendantes de l’aéronef et du capteur effectivement utilisés.

    En février 2009, les Alliés participant au programme AGS ont entamé le processus de signature du mémorandum d’entente du programme. Il s’agit d’une étape importante dans la concrétisation d’une capacité essentielle du point de vue opérationnel, et dont l’OTAN a un besoin urgent. La NAGSMA a été créée en septembre 2009 après que tous les pays participants eurent approuvé le mémorandum d’entente du programme, qui sert de référence pour l’acquisition de cette nouvelle capacité OTAN.

    Une autre étape importante pour le programme AGS a été le sommet de Lisbonne, en 2010, où le besoin opérationnel important d’une capacité AGS appartenant à l’OTAN et exploitée par elle a été reconfirmé dans le concept stratégique de l’Alliance. L’AGS figurait également dans le paquet de Lisbonne regroupant les besoins capacitaires les plus pressants de l’Alliance.

    Le 3 février 2012, le Conseil de l’Atlantique Nord a décidé d’une ligne d’action pour la prise en charge collective des coûts liés à l’exploitation de l’AGS au profit de l’Alliance. La décision de recourir à un financement commun OTAN pour l’infrastructure, les communications par satellite, l’exploitation et le soutien ouvre la voie à l’attribution du marché relatif à l’acquisition de l’AGS. En outre, un accord a été trouvé pour que le système Sentinel du Royaume‑Uni et le futur système Heron‑TP de la France soient mis à disposition comme contributions nationales en nature qui remplaceront partiellement l’apport financier de ces deux Alliés.

    En marge du sommet de l’OTAN à Chicago, en 2012, les pays de l’OTAN ont franchi une étape importante vers la mise en place d’une capacité de reconnaissance et de surveillance terrestres appartenant à l’OTAN et exploitée par elle. Un contrat d’acquisition pour le système AGS a été signé le 20 mai 2012, ce qui ouvre la voie à la fourniture d’une capacité vitale au profit de l’ensemble des pays membres de l’OTAN. Le contrat d’acquisition de l’AGS porte sur l’achat et sur l’exploitation et la maintenance initiales de drones équipés de capteurs radar de surveillance terrestre évolués.

    En septembre 2015, l’AGS a franchi plusieurs étapes importantes – premier essai réel au sol du premier Global Hawk de l’OTAN et activation de la force AGS de l’OTAN –, ce qui signifie que les Alliés ont officiellement approuvé la configuration (nombre de personnes, structure hiérarchique, etc.) de l’unité chargée de piloter le drone AGS Global Hawk depuis la base aérienne de Sigonella.

    Entre septembre et décembre 2015, d’autres étapes importantes ont été franchies :

    • le centre d’opérations de l’AGS à Sigonella a été remis à l’OTAN par son pays hôte, l’Italie ;
    • la station au sol générale mobile (MGGS) et la station au sol générale transportable (TGGS) ont été inaugurées ;
    • le vol d’essai initial du premier drone Global Hawk de l’OTAN a eu lieu à Palmdale, en Californie ;
    • l’AGS a participé avec succès à l’exercice Trident Juncture 2015 depuis le banc d’essai de la capacité AGS de l’OTAN (NACT), aux Pays‑Bas.

    Le 17 juin 2016, le premier Global Hawk a effectué son deuxième vol d’essai à Palmdale, en Californie.

    Le premier drone Global Hawk de l’OTAN devrait voler depuis les États‑Unis vers sa nouvelle base à Sigonella d’ici à la fin de 2016.